Des bars contraints de baisser le rideau, des restaurants qui s'adaptent: avec les nouvelles mesures entrées en vigueur mardi, Paris et ses communes limitrophes espèrent ralentir la progression de l'épidémie de Covid-19, un enjeu crucial pour éviter une surcharge des hôpitaux.

Au lendemain de l'annonce de la fermeture des débits de boissons pour quinze jours au moins, nombre de bistrots parisiens, qui servent des repas à l'heure du déjeuner, sont restés ouverts pour le petit café du matin, mais en terrasse plutôt qu'au comptoir.

A la mi-journée, place aux nouvelles règles: les tablées, séparées d'au moins un mètre, sont limitées à six couverts maximum et les coordonnées des clients sont notées pour les recontacter en cas de contamination. Sur les tables, du gel hydroalcoolique doit en principe faire son apparition.

Dans le XIVe arrondissement parisien, le gérant de la Chope Daguerre vient d'être verbalisé de 135 euros pour non affichage du nombre de clients qu'il peut accueillir. "On essaie de faire au mieux mais c'est compliqué depuis ce matin. Mais je suis content d'être ouvert", a déclaré Julien Marty.

A Marseille, les restaurants ont pu rouvrir selon le même protocole, une semaine après une fermeture totale décriée par la profession et les élus.

- Quinze jours -

Pas de répit, en revanche, pour les bars de la capitale ouverts en soirée pour boire un verre et qui ont l'obligation de fermer leurs portes depuis lundi 22H00.

Foires, salons professionnels et cirques proscrits, centres commerciaux et grands magasins soumis à une jauge d'un client pour 4 m2, pas plus de 50% d'étudiants dans les amphis, fermeture des piscines aux adultes et portes toujours closes pour les salles de fitness: Paris et sa petite couronne sont entrées dans une nouvelle phase de restrictions, alors que le taux d'occupation des lits de réanimation pour des patients atteints de Covid-19 a dépassé le seuil critique de 30% depuis plusieurs jours en Ile-de-France.

Cette proportion, qui dépassait 40% mardi (40,1%) avec 449 patients, devrait atteindre les 50% "dans les 15 prochains jours", avait averti lundi l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France. Selon son directeur général, Aurélien Rousseau, certains établissements ont commencé à "déprogrammer des activités chirurgicales".

"Depuis 10 jours, les patients Covid sont de retour dans notre service de réanimation", témoigne un anesthésiste-réanimateur auprès de l'AFP, dans son journal de la crise sanitaire.

"Il n'y a pas les renforts, mais il y a les patients", a lancé une infirmière à Emmanuel Macron, interpellé par des soignants alors qu'il visitait une association près de l'hôpital Rothschild, à Paris. Le président a mis en avant le "gros travail" des accords du Ségur de la santé qui incluent une augmentation générale mensuelle de 183 euros net pour les personnels hospitaliers (hors médecins).

- "Il faut agir" -

"Dès juillet, nous disions aux métropoles (...) de se préparer pour le retour du virus à la rentrée", aujourd'hui "le virus est de retour et il faut agir", a expliqué l'épidémiologiste de l'Institut Pasteur Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique qui guide le gouvernement, sur BFM-TV/RMC.

"Deuxième semaine de juillet, il y avait moins de dix personnes qui étaient admises en réanimation chaque jour. Aujourd'hui, c'est 150 personnes (au niveau national). Au premier novembre, ce sera 400 si rien n'est fait", a-t-il prévenu.

Selon un pointage de Santé publique France lundi soir, plus de 1.400 malades du Covid-19 étaient hospitalisés en réanimation en France, sur un total d'environ 5.000 places disponibles en réanimation dans le pays.

Le taux de positivité (proportion des tests positifs par rapport aux total de tests effectués) continue d'augmenter et atteignait 8,6% lundi, contre 8,2% la veille, dans la population générale.

Ce taux flambe chez les personnes en grande précarité. Selon une enquête de Médecins sans frontières (MSF) révélée mardi, et menée fin juin, plus d'une personne en grande précarité sur deux, pour l'essentiel des migrants, a été infectée au Covid-19 en région parisienne.

Après Aix-Marseille et Paris, la situation reste sous surveillance dans cinq autres métropoles (Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse et Saint-Etienne), pointées jeudi par le ministre de la Santé Olivier Véran comme susceptibles de basculer prochainement en zone d'alerte maximale. Selon son cabinet, le ministre devrait tenir un nouveau point jeudi.