Préparer les esprits aux prochaines semaines et apaiser la grogne des petits commerçants, inquiets des conséquences du nouveau confinement pour leur survie: "Noël ne sera pas une fête normale" cette année, prévient le gouvernement, qui promet de "rétablir l'équité" entre petits magasins et grandes surfaces.

Le Premier ministre Jean Castex est l'invité du 20H00 de TF1 dimanche et s'exprimera certainement sur l'épidémie et le reconfinement commencé vendredi, prévu jusqu'à au moins le 1er décembre.

Dans un entretien au Journal du dimanche (JDD), le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré chercher "à créer les conditions pour vivre un Noël le moins contraignant possible". "Hélas, comme ailleurs dans le monde, ce ne sera pas une fête normale" et il est "difficile d'envisager de grandes soirées pour le 31".

L'épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, qui guide le gouvernement, avertit que le nombre d'hospitalisations et d'entrées en service de réanimation "va grimper" au cours des prochains jours. "On ne peut pas l'empêcher", puis cela "va redescendre, revenir là où on en est aujourd'hui dans à peu près un mois", a-t-il ajouté lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

- Reprise de l'école -

Les projections de l'Institut Pasteur, communiquées samedi à l'AFP, évaluent à 6.000 le nombre de patients en réanimation vers la mi-novembre, si le reconfinement produit le même ralentissement des contaminations qu'au printemps.

Samedi, le nombre de malades du Covid-19 en réanimation --une donnée cruciale à surveiller pour éviter un engorgement des hôpitaux-- s’élevait à 3.443, avec 339 nouvelles admissions depuis la veille.

Selon M. Fontanet, il faudrait deux mois de confinement pour freiner drastiquement la circulation du virus, ce qui prolongerait les restrictions à la période des fêtes de fin d'année.

A plus court terme, l'école reprend lundi. Car contrairement au confinement du printemps, les établissements scolaires ne fermeront pas leurs portes. Du moins pour le moment. M. Véran a estimé "possible" que les lycées referment si les mesures prises ces derniers jours pour freiner l'épidémie ne sont pas "suffisamment efficaces". "Nous adapterons les règles en fonction de ces données", a-t-il dit au Journal du dimanche.

Quoi qu'il en soit, outre de nouvelles contraintes sanitaires à l'école (dont le port du masque étendu aux enfants de l'élémentaire), la rentrée s'effectuera dans des conditions très particulières, pour ce premier retour des élèves et professeurs depuis l'assassinat de l'enseignant Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines.

- "Equité" -

Du côté des petits commerçants, la colère ne faiblit pas. Avec ce nouveau confinement, les restaurants, bars et commerces jugés "non essentiels" doivent garder le rideau baissé. Les petits commerces dénoncent la concurrence déloyale des grandes surfaces - autorisées à rester ouvertes - et des plateformes en ligne, dont Amazon.

Au nom de "l'équité" et de la sécurité sanitaire, le gouvernement pourrait décider de fermer les rayons "non essentiels" des grandes surfaces, de la culture aux jouets, plutôt que d'autoriser les indépendants à rouvrir, a indiqué le ministre de l'Economie Bruno Le Maire sur BFMTV.

M. Castex s'est entretenu dimanche en visioconférence avec les fédérations professionnelles (Medef, CPME, Union professionnelle des petits commerçants) et les associations de commerçants de proximité "pour faire le point sur les mesures mises en œuvre pour le confinement", a précisé Matignon à l'AFP.

Durement touchés au printemps, de nombreux commerçants sont entrés avec appréhension dans cette nouvelle mise sous cloche, malgré un assouplissement qui leur permet de rester ouverts pour le retrait de commandes en magasin. Ils craignent notamment de rater la période de Noël, au profit du commerce en ligne et des grandes surfaces.

Pour Pierre Brunette, vendeur de chrysanthèmes au cimetière de Metz-Chambière, "c’est la pire Toussaint depuis 1950". Il n'a reçu que vendredi l’autorisation de s’installer. "La plupart des personnes qui se rendent sur les tombes arrivent déjà avec leur pot de fleurs" et "plein de gens nous disent que s'ils avaient su que nous étions là, ils n'auraient pas acheté avant", dit-il dimanche à l'AFP.

La fronde des petits commerces est soutenue par des maires de plusieurs villes petites et moyennes qui ont pris des arrêtés autorisant l'ouverture des commerces non alimentaires sur leur commune. Des "maires irresponsables" qui "menacent la santé des Français", selon M. Le Maire.

Pour ce confinement deuxième version, dont les modalités seront revues tous les 15 jours en fonction de l'évolution des indicateurs sanitaires, on ne peut "prendre l'air" que pendant une heure maximum et dans un rayon d'un kilomètre autour de son domicile. Les dérogations permettent aussi d'aller faire ses courses, d'aller chez le médecin, d'amener ses enfants à l'école, etc.