Place aux seniors: la vaccination contre le Covid-19 s'élargit lundi à toutes les personnes âgées de plus de 75 ans, sur fond de craintes de pénurie et de critiques sur l'organisation, alors que le virus a déjà provoqué la mort de plus de 70.000 personnes.

Réservée jusque là à certains publics prioritaires dont les résidents d'Ehpad ou les soignants, la vaccination est désormais accessible aux plus de 75 ans ne vivant pas en maison de retraite (5 millions de personnes). S'y ajoutent près de 800.000 personnes présentant des pathologies à "haut risque" (insuffisances rénales chroniques, cancer sous traitement...).

Pour montrer l'exemple, sept prix Nobel français se feront vacciner publiquement dans la journée, selon le Pr Alain Fischer, le "monsieur vaccin" nommé par le gouvernement. La chanteuse Line Renaud fera de même.

Au total, 6,4 millions de personnes sont appelées à se faire vacciner. Mais le ministre de la Santé Olivier Véran a invité à la "patience", alors que les doses du précieux sérum n'arrivent que progressivement. Il a affirmé que "plus d'un million de vaccinations seront réalisées" d'ici fin janvier, entre 2,4 et 4 millions d'ici fin février.

Sur France 2, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal a souligné que la campagne "va prendre plusieurs mois", reconnaissant que certains seniors allaient devoir "attendre un peu".

Dans un pays aux tendances vaccino-sceptiques, un sondage Ifop cité par Le Parisien dimanche indique que 54% des Français souhaitent désormais se faire vacciner. C'est 15 points de plus qu'en décembre.

La ministre de la Fonction publique, Amélie de Montchalin, y a vu lundi sur Public Sénat "une première bataille gagnée", ajoutant qu'il y avait "sûrement" eu des "lourdeurs" du côté de l'administration, mais qu'elles avaient été "réglées", ce qui a permis à environ 422.000 personnes d'être vaccinées.

Les demandes de rendez-vous, ouvertes vendredi, ont été marquées par un afflux, avec plus d'un million de rendez-vous déjà pris dans les 833 centres "ouverts et accessibles à la réservation", selon Olivier Véran. Mais tous les seniors n'ont pas pu s'inscrire, générant quelques crispations.

Dans une France sous couvre-feu avancé à 18H00 depuis samedi et pour "au moins 15 jours" afin de limiter les contacts sociaux, le gouvernement table sur ces injections pour enrayer l'épidémie.

Celle-ci ne montre pas de signes de faiblesse, avec 2.766 malades en réanimation dimanche et 136 nouvelles admissions en 24 heures. Avec 141 morts comptabilisés dimanche, le bilan total des décès a atteint 70.283, selon Santé publique France.

Et la crainte d'un rebond s'amplifie avec la menace de nouveaux variants - britannique et sud-africain - plus contagieux. Un cas du variant sud-africain a été détecté à La Réunion et quatre confirmés à Mayotte. En Guadeloupe, pour éviter l'introduction du variant anglais, les voyageurs devront s'isoler 7 jours à leur arrivée.

- "Balbutiements" -

Arnaud Fontanet, épidémiologiste membre du conseil scientifique, a estimé dimanche qu'une "poussée" de l'épidémie était probable à partir de mars, avec ces variants.

Préparant les esprits, le Premier ministre Jean Castex avait d'ailleurs prévenu la semaine dernière qu'un nouveau confinement pourrait être décidé "sans délai" en cas de "dégradation épidémique forte".

Le gouvernement continue d'être la cible de critiques pour sa gestion de la crise, notamment dans l'opposition, à l'instar de Marine Le Pen (RN) qui a dénoncé dimanche un gouvernement "incapable de vacciner ceux qui le souhaitent".

"Il n'y a pas assez de vaccins pour tout le monde", a souligné Jacques Battistoni, président du syndicat de généralistes MG France dans le Journal du dimanche, qui prédit "un faux début" lundi.

Sur France info, le numéro un de la CGT Philippe Martinez, a évoqué de son côté lundi des "balbutiements" dans la gestion de crise par le gouvernement, notant notamment que "les délais d'attente se rallongent" pour se faire vacciner.

"La vaccination va progresser", a affirmé de son côté lundi le Pr Alain Fischer sur RTL. "Il y a urgence mais il faut vivre avec un principe de réalité: c'est +quelles quantités de vaccins sont disponibles?+", a tempéré le M. Vaccin du gouvernement, appelant à faire "ce qu'on peut pour qu'un maximum soit produit, distribué".

Côté doses, après des sueurs froides liées à l'annonce d'une baisse de cadence "pour trois à quatre semaines", le groupe américain Pfizer, associé au laboratoire allemand BioNTech, a annoncé samedi un "plan" pour accélérer la production et revenir au calendrier initial de livraisons à l'UE "à partir de la semaine du 25 janvier".

Le retard de livraison sera rattrapé "à la fin du 1er trimestre", a assuré lundi la ministre déléguée à l'Industrie Agnès Panier-Runnacher sur CNews, se disant cependant "vigilante".

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