Une vaccination ouverte à tous sans le dire ? Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a justifié mardi, au nom du "bon sens", l'ouverture aux injections pour tous les adultes sur simple déclaration d'une maladie chronique, au moment où les indicateurs de l'épidémie de Covid-19 s'améliorent.

"On a fait le choix du bon sens", a répondu le ministre sur Europe 1, interrogé sur une volonté du gouvernement d'ouvrir la vaccination "à tous", mais sans l'annoncer officiellement.

"J'aurais pu demander à quatre millions de Français", les 18-50 ans obèses ou atteints de maladies chroniques, "d'aller chez leur médecin, embouteiller les cabinets médicaux en pleine vague épidémique, pour leur demander une attestation selon laquelle ils auraient une maladie", a-t-il développé, mais "je fais confiance aux Français".

"Il y aura peut être des stratégies de contournement mais ce sera à la marge", a assuré Olivier Véran, en ajoutant qu'il appartenait "aux équipes médicales dans les centres (...) de faire le point avec les gens qui viennent se faire vacciner" et que les plus vulnérables restaient prioritaires.

Depuis samedi, la vaccination est ouverte à l'ensemble des adultes atteints de certaines maladies chroniques les exposant à une forme grave de Covid-19. Le ministère de la Santé a précisé que la prise de rendez-vous se ferait "sur déclaration" de ces comorbidités et qu'aucune prescription médicale ne serait exigée.

- passe sanitaire -

Dans les faits, dans certains centres de vaccination, les soignants injectent déjà en fin de journée des doses en surplus dans les bras d'adultes en pleine santé, plutôt que de les perdre. La semaine dernière, des voix s'étaient élevées pour demander au gouvernement d'élargir les publics à vacciner, alors que des rendez-vous ne trouvaient pas preneur dans certains grands centres, comme au Stade de France.

La campagne sera officiellement ouverte à tous les plus de 50 ans le 15 mai, et à tous les adultes le 15 juin, mais la perspective que la vaccination intègre un futur passe sanitaire risque d'aiguiser les appétits de ceux qui veulent retrouver une vie normale au plus vite.

Lundi, près de 420.000 doses ont été injectées, pour un total de 22,8 millions depuis le début de la campagne fin décembre (16,1 millions de premières doses, 6,6 millions de secondes doses), et alors que plus de 25,2 millions de doses ont été réceptionnées en France la semaine dernière.

Au-delà des Ehpad, où le taux de vaccination complète atteint 75%, les personnes les plus âgées, donc les plus à risque, sont de plus en plus protégées : 55% des 65-69 ans ont reçu au moins une dose (12,6% totalement vaccinés), un chiffre qui grimpe à 73% pour les 70-74 ans (27% totalement vaccinés), et près de 80% des 75-79 ans (58,9% totalement vaccinés).

- trop de malades en réa -

La France attend plus de flacons des quatre vaccins autorisés en mai (4,5 millions de doses par semaine) et en juin (6,9 millions hebdomadaires), une période pendant laquelle le gouvernement espère supprimer les restrictions sanitaires les plus lourdes, jusqu'à la fin totale du couvre-feu annoncée pour le 30 juin. D'ici là, les terrasses, musées et cinéma vont pouvoir rouvrir le 19 mai, avant les restaurants le 9 juin.

La situation reste toujours très tendue dans les hôpitaux, dont les services de réanimation accueillaient lundi plus de 5.600 malades du Covid-19 au niveau national, soit 111% d'occupation des capacités initiales, mais sous la barre des 6.000 dépassée le 26 avril.

"Aujourd'hui il y a trop de malades en réanimation pour reprendre les soins de la bonne manière et en sécurité", a souligné Olivier Véran, réaffirmant que les déprogrammations de soins moins urgents avaient atteint 80% dans certains territoires.

Mais la baisse continue des nouveaux cas de Covid-19 et la hausse du nombre de vaccinés laisse espérer moins d'entrées à l'hôpital.

La semaine dernière, 28.000 personnes ont été testées positives en moyenne chaque jour de lundi à vendredi, contre 36.000 la semaine précédente.

"La charge sanitaire va pouvoir se réduire", a assuré le ministre de la Santé, néanmoins prudent sur la fin des gestes barrière.

"J'espère que ce sera cet été", a-t-il répondu.

Dans l'immédiat, le Haut conseil de la santé publique recommande d'"ouvrir les fenêtres au moins 5 minutes toutes les heures" dans les lieux qui reçoivent du public, notamment les écoles, et de mesurer le renouvellement de l'air avec des capteurs de CO2 pour mieux combattre le Covid-19.