La Russie s'interroge de nouveau lundi sur l'état de son parc aérien après le crash à Kazan, dans la république russe du Tatarstan, d'un Boeing 737 vieux de 23 ans qui a fait dimanche 50 morts.

L'appareil de la compagnie russe Tatarstan, en provenance de Moscou, s'est écrasé dimanche soir à l'aéroport de Kazan et a pris feu, avant d'exploser. Les 44 passagers et six membres d'équipage ont tous été tués dans l'accident.

Parmi les victimes se trouvaient l'un des deux fils du président du Tatarstan, Roustam Minnikhanov, et le chef des services de sécurité russes (FSB) pour cette république, Alexandre Antonov, ainsi qu'une citoyenne britannique et une citoyenne ukrainienne, selon la liste publiée lundi par le ministère des Situations d'urgence.

Au lendemain de la catastrophe, les enquêteurs étaient à pied d'oeuvre pour éclaircir les causes de l'accident. Une commission spéciale a été mise sur pied au sein du Comité intergouvernemental aérien (MAK), à laquelle va participer une équipe technique de Boeing, selon l'agence fédérale Rosaviatsia et le constructeur américain.

"Les versions privilégiées sont entre autres une panne technique, une erreur de l'équipage et un carburant de mauvaise qualité", a déclaré le porte-parole du comité d'enquête russe, Vladimir Markine à la télévision russe.

Des médias ont cependant d'ores et déjà privilégié la piste d'une défaillance de l'appareil.

Un contrôleur aérien de Kazan a raconté que quelques secondes avant le crash, le pilote l'avait informé que l'appareil n'était pas en mesure d'atterrir et qu'il allait remettre les gaz pour faire une deuxième tentative.

"Les derniers mots du commandant de bord ont été: nous allons faire une deuxième tentative, nous ne sommes pas en configuration d'atterrissage", a déclaré Kirill Kornichine au site d'informations Lifenews.ru.

"Dix à quinze secondes plus tard, l'avion s'est écrasé", a-t-il ajouté.

Le message du pilote "indique probablement qu'il y avait un problème technique, lequel, l'équipage ne l'a pas dit", a déclaré un membre des services de secours, cité par Interfax sous couvert de l'anonymat.

La porte-parole de la compagnie Tatarstan, Goulnaz Minnikhanova, a déclaré que rien n'avait été détecté lors des contrôles de maintenance sur l'appareil.

Elle a ajouté que les pilotes avaient plus de 20 ans d'expérience.

Sept exploitants et un accident grave à l'actif du Boeing

Mais plusieurs personnes ayant volé à bord du même appareil ont raconté aux médias russes avoir eu des craintes à son bord.

"L'avion avait déjà des problèmes à l'aller, nous avons failli nous écraser à l'atterrissage à Moscou", a écrit sur l'internet un passager du vol Kazan-Moscou de dimanche, Grigori Boussarev.

Selon des médias et un site spécialisé, le Boeing 737-500 avait été exploité pendant 23 ans par sept compagnies au total, et avait déjà subi un accident grave au Brésil en 2001.

Il avait effectué son premier vol en 1990 pour la compagnie française Euralair Horizons, liquidée en 2005, puis par Air France pendant trois ans, avant de passer aux mains d'Uganda Airlines pendant près de cinq ans, selon le site AirFleets.fr.

Il avait ensuite servi trois ans dans la compagnie brésilienne Rio Sul, avant d'être exploité par la roumaine Blue Air, puis Bulgaria Air, et enfin de passer, en leasing, au service de Tatarstan Airlines.

En décembre 2001, il avait subi un sérieux accident en atterrissant à l'aéroport de Belo Horizonte, au Brésil, selon l'agence russe Itar-Tass, citant des médias brésiliens.

L'avion, qui transportait 108 personnes, avait touché le sol avant la piste, rebondi et était retombé brutalement, brisant une partie de son train d'atterrissage. Il avait ensuite glissé sur le réacteur gauche sur plus d'un kilomètre. Il avait ensuite subi de grosses réparations avant d'être remis en service.

L'accident de Kazan est le dernier en date d'une série noire en Russie ces dernières années.

En avril 2012, un ATR 72 de la compagnie russe UTair s'était écrasé en Sibérie, faisant 33 victimes.

En septembre 2011, un Yak-42, transportant l'équipe de hockey sur glace de Iaroslavl (nord), parmi lesquels plusieurs joueurs étrangers de renommée mondiale, s'était écrasé au décollage, faisant 44 morts.

Le président de l'époque, Dmitri Medvedev, avait alors ordonné de vastes vérifications des compagnies aériennes et de leur parc aérien.