Crise de confiance à Libération après sa une très critiquée

Publié le à PARIS (AFP)

La direction de Libération a essuyé lundi de sévères critiques au sein de sa rédaction pour avoir placé en une de simples rumeurs sur l'existence d'un compte suisse de Laurent Fabius, démentie par le ministre des Affaires étrangères.
Le quotidien a publié trois pages sur les conséquences d'une "possible affaire Fabius (qui) tétanise l'Elysée", assurant qu'un "scénario noir circule dans tous les ministères: Mediapart aurait les preuves que Laurent Fabius détient un ou plusieurs comptes en Suisse".
La réunion quotidienne de la rédaction lundi matin a été houleuse et son affluence inhabituelle. "Seule la direction et ceux qui ont participé à ces trois pages défendaient leur travail, il y avait une quasi-unanimité contre ce qui a été fait", selon un participant qui pointe "une réelle crise de confiance".
"Ce qui a été publié, tant sur la méthode, que sur la forme et sur le fond, est aux antipodes de l'idée que se fait la rédaction de Libé de son travail de journaliste", selon un autre.
Dans un communiqué, particulièrement ciselé, titré "La Faute", la Société civile des personnels de Libération 'SCPL), "déplore que Libération ait relayé ce matin une rumeur sans fondement sur un prétendu compte en Suisse de Laurent Fabius, avec pour effet de l'accréditer".
"Notre travail de journaliste ne consiste pas à rendre publique une rumeur, mais à enquêter pour savoir si elle correspond à des faits. Ce travail élémentaire n'a pas été fait. Il s'agit là d'une faute déontologique grave", souligne la SCPL, désormais en "conflit ouvert" avec la direction du journal, selon un de ses responsables.
Il était impensable de ne pas donner ces informations à nos lecteurs", s'est défendu Sylvain Bourmeau, directeur adjoint de la rédaction de Libération, répondant à l'AFP.
Le patron de Mediapart s'insurge
"Trois informations sont révélées, d'abord que Mediapart enquête sur l'éventualité de comptes à l'étranger de Laurent Fabius et que Fabrice Arfi (journaliste de Mediapart) a rencontré samedi le ministre des Affaires étrangères. Ensuite que Fabius en a informé immédiatement François Hollande, enfin que son avocat Me Darrois a pris l'initiative d'appeler Libération pour apporter un démenti", a-t-il souligné.
"Libération n'a fait que traiter l'angle politique en montrant la tétanie qui frappe l'exécutif, dès lors que de telles informations circulent", a insisté Sylvain Bourmeau.
En février, la direction avait subi les foudres de la SCPL pour avoir consacré sa Une au livre choc de Marcela Iacub sur sa liaison avec DSK.
En avril 2012, la Société s'en était prise à la politique "de Unes racoleuses qui, tantôt défigurent Libération, tantôt vont à l'encontre des valeurs qui toujours été les siennes".
Mediapart étant cité par Libération, son patron Edwy Plenel s'était insurgé via twitter dès dimanche.
"Libération perd la tête: demain, il transforme en information une rumeur sur Fabius en prétendant démentir une non-information de Mediapart", a-t-il écrit sur son compte qui compte près de 150.000 "followers".
"Si l'avocat de M. Fabius ne nous avait pas appelés, sans doute n'aurions-nous pas cité son nom", a assuré M. Bourmeau.
"Certains médias perdraient-ils tout repère? Après ne pas avoir accordé suffisamment de crédit aux informations documentées et recoupées de Mediapart sur le compte suisse de Jérôme Cahuzac, voici qu'ils officialisent et relayent une rumeur concernant Laurent Fabius, pour les mêmes faits", ironisait Edwy Plenel sur son blog.
Et de dénoncer la "une sidérante mettant en scène comme s'il s'agissait d'une information, une rumeur qui agite Paris depuis trois jours".
Il avait pourtant attisé les curiosités en annonçant en fin de semaine dernière un "scandale républicain à venir" et de nouvelles révélations sur son site.
Sans toutefois démentir que Mediapart enquêterait actuellement sur M. Fabius, Edwy Plenel défend le secret qui doit couvrir le travail des journalistes: "Ce que nous faisons en amont ne regarde personne d'autre que nous".
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