"C'est mon droit, donné par Dieu et la Constitution, de ne pas porter de masque": comme Davey, habitant de Huntington Beach, beaucoup dans le comté d'Orange, au sud de Los Angeles, refusent obstinément de se couvrir le visage malgré le Covid-19.

Le père de famille ne craint-il pas d'être contaminé alors que l'épidémie progresse à toute allure dans le sud de la Californie, notamment dans le comté d'Orange?

"C'est un canular... Plus vous testez les gens, plus vous trouvez de nouveaux cas", affirme calmement à l'AFP, Davey, 51 ans.

Si la situation n'y est pas aussi catastrophique que dans d'autres régions américaines, telles que la Floride ou le Texas, le comté d'Orange enregistre tout de même près de 250 cas pour 100.000 habitants, soit près de dix fois plus que l'objectif fixé par les autorités sanitaires de Californie.

Davey sort à peine d'un magasin où clients portant des masques et d'autres à visage découvert se côtoient dans les rayons, parfois de très près.

En Californie, le port du masque est pourtant censé être obligatoire depuis un mois dans tous les lieux publics clos, et même à l'extérieur quand la distanciation physique n'est pas possible.

"Il n'y a pas de panneau à l'entrée, et personne ne m'a rien dit", ironise le quinquagénaire.

"Il y a eu beaucoup de manifestations contre la fermeture des plages et le masque par ici... De nombreux de magasins font ce qu'il faut pour ne pas perdre de clients", explique à l'AFP le vendeur d'une boutique, sous couvert d'anonymat.

Dans les rues voisines, peu d'habitants ou de touristes qui déambulent portent un masque. Tracy, blonde athlétique de 25 ans qui revient de la plage avec sa planche de surf sous le bras, fait partie du lot.

Elle confie avoir tenté au début de convaincre certains amis et connaissances de respecter les consignes, avant de se résigner. "Ca tournait parfois vite à la dispute, je ne sais pas pourquoi mais le sujet est trop sensible. J'ai lâché l'affaire", dit-elle.

- La liberté ou la mort -

Le sujet est à ce point sensible que le mois dernier, la directrice de la santé publique du comté d'Orange a préféré démissionner après des attaques répétées et une menace de mort: elle avait osé rendre obligatoire le port du masque.

Son successeur s'est empressé de supprimer la mesure, se contentant de "recommander" son usage.

Le shérif du comté, Don Barnes, a de toutes façons officiellement déclaré qu'il n'avait pas l'intention de faire appliquer la mesure décrétée par le gouverneur de Californie, en appelant à "la responsabilité individuelle de chacun. Il a depuis mis un peu d'eau dans son vin et s'est dit prêt à sanctionner les récidivistes tout en voulant continuer à privilégier une "approche éducative".

Pourquoi une telle réticence à porter le masque, à Orange County comme dans de nombreuses autres régions des Etats-Unis?

Le masque est inconfortable et n'est pas encore entré dans les habitudes, comme la ceinture de sécurité à l'époque, relève Wendy Wood, qui enseigne la psychologie à l'université USC Dornsife.

Mais il y a "indubitablement une dimension politique", surtout dans un comté d'Orange qui fut jusque récemment un bastion conservateur, estime-t-elle.

Le masque est devenu "politisé et a fini par représenter votre orientation politique", résume-t-elle, renvoyant au sondage montrant que les sympathisants démocrates étaient beaucoup plus favorables au masque et enclins à le porter que les républicains et partisans de Donald Trump, lui-même notoirement rétif à cet accessoire.

Pour Alison Dundes-Renteln, spécialiste en sciences politiques et anthropologie de l'USC Dornsife, la question dépasse toutefois la simple fracture partisane.

"Je ne nie pas qu'il y ait une sorte de tribalisme et d'hyper politisation (du masque), mais je pense que ça reflète des spécificités de l'identité nationale américaine, le fait que les Américains n'aiment pas que le gouvernement leur dise quoi faire. +Donnez-moi la liberté ou donnez-moi la mort+", analyse-t-elle.

De fait, à l'instar de Davey, les opposants au masque contestent autant l'objet lui-même que le droit aux autorités de le leur imposer.

"L'une des choses qui me frappent dans cette polémique, c'est la mauvaise interprétation qui est faite de la liberté individuelle, qui n'est pas un principe absolu" comme la Cour suprême l'a reconnu en 1905 au sujet de la vaccination obligatoire, souligne Mme Dundes-Renteln.