Le président américain Donald Trump a une nouvelle fois crié jeudi à la fraude, sans la moindre preuve, réaffirmant être vainqueur de la présidentielle, en décalage flagrant avec les résultats de plus en plus favorables à son adversaire démocrate Joe Biden.

Déconnecté du processus en cours, complètement isolé au sein de son propre parti dans sa croisade contre un "vol" du scrutin dont il serait la victime, le 45e président des Etats-Unis a donné le spectacle d'un dirigeant tentant de s'accrocher maladroitement au pouvoir au crépuscule de son mandat.

"Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l'élection", a-t-il lancé depuis la salle de presse de la Maison Blanche, lors d'une tirade souvent confuse, truffée d'approximations et de contre-vérités sur le décompte en cours.

Quelques heures plus tôt, Joe Biden s'était dit certain, dans une allocution à la tonalité présidentielle, de sa victoire imminente.

"Je demande à tout le monde de rester calme. Le processus fonctionne, le décompte s'achève et nous saurons très bientôt", a-t-il déclaré depuis le Delaware.

"Nous n'avons aucun doute sur le fait que lorsque le dépouillement sera terminé (...) nous serons déclarés vainqueurs".

Les Etats-Unis, qui attendaient de connaître le nom du président qui prêtera serment le 20 janvier, avaient les yeux rivés sur la Pennsylvanie, qui pourrait mettre fin au suspense.

Si l'ancien vice-président de Barack Obama remporte cet Etat industriel, il deviendra le 46e président américain.

- Biden près du seuil "magique" -

Les 20 grand électeurs de cet Etat lui permettraient en effet de franchir le seuil "magique" de 270, qui le propulserait à la Maison Blanche et ferait de Donald Trump le président d'un seul mandat.

L'avance initiale de Donald Trump au soir de l'élection dans cet Etat a fondu au fur et à mesure que les bulletins envoyés par courrier -- à 80% en faveur de Joe Biden -- étaient comptés.

Toute la journée, les responsables locaux de Géorgie, Pennsylvanie, Arizona et Nevada ont communiqué des statistiques sur les bulletins restant à compter, faisant fluctuer l'heure ou le jour où ils auront achevé les dépouillements des bulletins envoyés par la poste.

Depuis mercredi, l'écart s'est resserré en Géorgie.

Le résultat final dans cet Etat traditionnellement conservateur avait été promis pour la mi-journée, un engagement non tenu.

- Recours judiciaires -

A l'inverse de la Pennsylvanie et de la Géorgie, Donald Trump bénéficie directement, dans l'Arizona, de la prolongation du dépouillement.

Il était en train de rattraper Joe Biden, risquant de faire perdre au démocrate les 11 grands électeurs qu'AP et Fox News avaient attribués à Joe Biden dès la nuit électorale de mardi, sur la base de résultats partiels et de modèles statistiques, une méthode habituellement très sûre.

C'est là, à Phoenix, qu'une foule pro-Trump s'est massée, à l'extérieur d'un site de dépouillement, aux cris de "Comptez les voix!" et de "Honte à Fox".

Mais dans les Etats où Donald Trump était derrière Joe Biden, ses partisans lançaient "Stoppez le vote!", demandant d'invalider les bulletins non comptés le jour même de l'élection, ce qui est pourtant légal -- illustration de la stratégie opportuniste du camp Trump.

Le président républicain avait déclaré, dans la première nuit post-élection, qu'il avait gagné l'élection et qu'il ferait intervenir la Cour suprême, restant évasif sur les raisons.

En réalité, ses avocats ont saisi la justice des Etats, selon l'objectif recherché localement, avec par exemple la menace de demander un recomptage dans le Wisconsin.

Les démocrates estiment les plaintes sans fondement, mais selon les décisions de multiples juges, ces recours pourraient retarder de plusieurs jours ou semaines l'homologation des résultats.

Dans le Michigan et la Géorgie, deux juges ont déjà rejeté des recours républicains.

- Fatalisme chez les républicains -

L'une des batailles concerne la grande Pennsylvanie, où les autorités ont été débordées par le volume de bulletins reçus par la poste.

A la demande du camp Trump, un juge a ordonné aux autorités locales de laisser entrer des observateurs républicains dans le centre de convention de Philadelphie où le dépouillement a lieu.

Dehors, des partisans de M. Trump manifestaient pour dénoncer des fraudes, face à des contre-manifestants.

"Trump est en train de faire un coup d'Etat pour voler les élections", dit à l'AFP Emma Kaplan, 30 ans.

Les lieutenants et la famille du président ont lancé une campagne de désinformation pour persuader leurs troupes que des tricheries massives étaient en cours, notamment dans les Etats comme la Pennsylvanie qui sont gouvernés par des démocrates.

Mais un certain fatalisme semblait gagner le camp républicain.

Karl Rove, ancienne éminence grise de George W. Bush, a noté sur son blog que "voler des centaines de milliers de voix signifierait un complot d'une ampleur digne d'un film de James Bond. C'est impossible".

Preuve de l'extrême solitude de Donald Trump, ses deux fils ont déploré l'absence total de soutien de la part des ténors du parti.

"Où sont les républicains? Soyez courageux, battez-vous contre cette fraude", a lancé Eric Trump, sans susciter la moindre réaction notable au sein du Grand Old Party.