Avis de détresse : de Sydney à Paris en passant par Tokyo, l'explosion du nouveau coronavirus partout dans le monde a une nouvelle fois lundi envoyé les places boursières par le fond et Wall Street a ouvert aussi par un plongeon, conduisant à une suspension des échanges.

Confrontées à la hausse exponentielle du nombre de contaminations, aux confinements massifs et aux craintes d'une récession économique mondiale, les marchés ont chuté les uns après les autres, insensibles aux efforts déployés par les banques centrales.

Après les pertes historiques de la semaine dernière, la Bourse australienne a ouvert la semaine par une chute inédite de 9,7%. Hong Kong, Shanghai, Shenzhen, Tokyo, partout en Asie la baisse a été au rendez-vous.

L'Europe a suivi avec des pertes de plus de 5% à l'ouverture et la situation s'aggravait à la mi-journée, la Bourse de Paris perdant plus de 10%.

Les Bourses des pays du Golfe, très dépendants du secteur de l'énergie, se sont également effondrées lundi, à l'exception du Qatar, emportées par la chute des prix du pétrole. L'or noir, plombé par une surabondance d'offre sur le marché, faute d'entente entre grands pays producteurs, évoluait lundi à son plus bas niveau depuis 2016.

Et le salut n'est pas venu d'outre-Atlantique, où Wall Street s'est écoulé à l'ouverture.

Les échanges ont été suspendus peu après l'ouverture après la chute de 7% du S&P 500, emporté par la panique autour de la pandémie de coronavirus.

L'effondrement de l'indice S&P 500 a automatiquement déclenché un mécanisme d'interruption des échanges d'un quart d'heure, censé permettre aux acteurs du marché de reprendre leurs esprits.

Au moment de la suspension, le S&P 500 s'effondrait de 8,14%, le Dow Jones de 9,71% et le Nasdaq, à forte coloration technologique, de 6,12%.

"La matinée a été encore brutale sur les marchés" face au spectre de la récession, a souligné David Madden, un analyste de CMC Markets.

Selon lui, "les banques centrales font de leur mieux pour calmer les marchés mais en réalité cela provoque l'effet opposé", car ces "mesures radicales ont envoyé des messages préoccupants aux investisseurs" qui du coup "délaissent aveuglément" les actions.

- "Récession presque garantie" -

"Les marchés comprennent que la récession est presque garantie. Les autorités aident en injectant de l'argent mais ne peuvent la stopper", a observé pour sa part Jasper Lawler, analyste pour London Capital Group.

La Banque centrale américaine (Fed) a abaissé brutalement dimanche son taux à 0%-0,25% et annoncé une injection de liquidité de 700 milliards de dollars.

La dernière fois que la Fed avait abaissé ses taux à un tel niveau remonte à décembre 2008, au coeur de la crise financière dite des "subprimes".

Parallèlement, la Fed, la Banque centrale européenne et les Banques centrales du Japon, Royaume-Uni, Canada et de Suisse, ont assoupli les conditions auxquelles elles s'échangent des devises entre elles, afin de pouvoir garantir un approvisionnement suffisant des marchés en dollars.

La Banque centrale du Japon (BoJ) a nettement augmenté ses objectifs annuels pour certains de ses rachats d'actifs. Son objectif annuel de rachats de fonds négociés en Bourse a été ainsi doublé à 12.000 milliards de yens (101 milliards d'euros).

A l'effondrement des marchés financiers s'ajoute celui des statistiques économiques. Celles-ci se sont révélées nettement pires que prévu en Chine, deuxième économie mondiale. La production industrielle s'est contractée pour la première fois en près de 30 ans.

La Banque centrale chinoise a pourtant abaissé lundi le taux de réserve obligatoire des banques, injectant 550 milliards de yuans (70,6 milliards d'euros) pour soutenir l'économie.

Mais cela ne suffit pas à soutenir la cote car "le coronavirus continue à se répandre à travers la planète et la demande de biens de consommation recule", a observé le courtier Guangzhou Wanlong Securities.

Le Covid-19 a fait plus de 6.000 décès dans le monde, dont plus de 2.000 en Europe devenue, selon l'Organisation mondiale de la Santé, l'épicentre de la maladie désormais.

L'Europe a renforcé ses barricades, en imposant le confinement quasiment total dans plusieurs pays. Les Etats-Unis prennent le même chemin avec des écoles fermées, des bars-restaurants et casinos dorénavant portes closes à New York comme à Los Angeles, ou Las Vegas.

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