Le mandat Trump fut fait d'atermoiements, voire de surprenants moments de complicité avec Vladimir Poutine. Le mandat Biden débute sur un tout autre registre face à la Russie, nettement plus ferme.

"J'ai clairement dit au président Poutine, d'une façon très différente de mon prédécesseur, que le temps où les Etats-Unis se soumettaient face aux actes agressifs de la Russie (...) était révolu", a lancé jeudi le président démocrate depuis le département d'Etat.

Soucieux de marquer le contraste, le nouveau locataire de la Maison Blanche sait qu'il joue, sur ce terrain, sur du velours: l'attitude ambiguë de son prédécesseur vis-à-vis de l'homme fort du Kremlin avait hérissé toute la classe politique américaine, républicains compris.

Le ton extraordinairement conciliant de Donald Trump lors du sommet d'Helsinki en juillet 2018 avait suscité un tollé au sein de son propre camp.

Lors d'une étrange conférence de presse, qui restera comme l'un des moments les plus controversés de sa présidence, il avait semblé accorder plus de valeur aux propos à l'ancien homme fort du KGB qu'aux conclusions unanimes des agences de renseignement américaines sur l'ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016.

Deux semaines seulement après son arrivée au pouvoir, Joe Biden a voulu signifier le début d'un chapitre à la tonalité radicalement différente.

S'il a revendiqué la prolongation de l'accord de désarmement américano-russe New Start, "le dernier traité entre les deux pays", au nom de "la stabilité nucléaire", il n'a pas mâché ses mots contre le Kremlin.

Les Etats-Unis doivent "être au rendez-vous face à l'avancée de l'autoritarisme", a lancé M. Biden évoquant "la volonté de la Russie d'affaiblir notre démocratie".

Citant l'interférence dans les élections américaines, les cyberattaques ou encore "l'empoisonnement de ses citoyens", en référence à l'opposant Alexeï Navalny, il n'a pas annoncé de mesures concrètes, mais multiplié les mises en garde.

"Nous n'hésiterons pas à faire payer à la Russie un coût plus élevé et à défendre nos intérêts", a-t-il martelé.

"Et nous serons plus efficaces face à la Russie si nous travaillons en coalition avec nos partenaires", a-t-il ajouté.

- "Russie, Russie, Russie!" -

"Russie, Russie, Russie!", s'exclamait régulièrement Donald Trump, exaspéré par les questions récurrentes sur son comportement surprenant et erratique vis-à-vis de Vladimir Poutine.

Si le procureur spécial Robert Mueller n'a pas, à l'issue de son enquête, rassemblé "de preuves" d'une entente entre Moscou et l'équipe de campagne du républicain, l'ingérence de Moscou la présidentielle de 2016 a empoisonné tout son mandat.

Le comportement de Donald Trump lors des grands rendez-vous internationaux, où il n'hésitait jamais à éreinter les alliés de l'Amérique, a aussi nourri les critiques.

Lors du sommet du G20 à Osaka en 2019, il avait affiché une forme de complicité avec Vladimir Poutine en plaisantant sur l'ingérence russe dans les élections et sur les +fake news+.

Interpellé pour savoir s'il comptait demander à la Russie de ne pas se mêler de la prochaine présidentielle de 2020 - à laquelle il était alors officiellement candidat - il s'était tourné, amusé, vers son homologue russe.

"Pas d'ingérence dans les élections, président. Pas d'ingérence", avait-il lancé dans un sourire, en faisant mine de le sermonner, index tendu.

Après s'être fait traduire les propos, ce dernier avait sourit. L'échange n'avait pas, loin s'en faut, contribuer à dissiper le malaise entourant les relations entre le président de la première puissance mondiale et celui qui dirige la Russie d'une main de fer depuis plus de 20 ans.

Après le sommet controversé d'Helsinki, M. Trump avait persisté et signé en invitant le président russe à la Maison Blanche, avant de finalement de se raviser face au malaise du camp républicain.

Aucun face-à-face entre Joe Biden et Vladimir Poutine n'est prévu à ce stade.