Après des "zillions" de meetings de campagne, sept débats télévisés et des abandons en cascade, les électeurs démocrates ont pour la première fois la parole: l'Iowa lance lundi les primaires 2020, un processus de plusieurs mois pour investir celui ou celle qui affrontera Donald Trump en novembre.

Le sénateur Bernie Sanders, battu de peu ici par Hillary Clinton il y a quatre ans, est en tête des sondages dans l'Iowa et compte sur une victoire pour prendre l'ascendant sur Joe Biden, l'ancien vice-président de Barack Obama, qui domine, lui, la course au niveau national.

"Montrons au monde que nous croyons dans un pays fondé sur la justice et la dignité pour tous", a tweeté le septuagénaire.

"Je pense que ce sera très serré", a prévenu Joe Biden sur NBC, dans le traditionnel exercice visant à ménager les attentes.

Ce petit Etat rural, enneigé à cette période de l'année, lance la saison des primaires depuis les années 1970, et ses quelques centaines de milliers d'électeurs réservent souvent des surprises aux candidats.

"Nous avons fait des zillions de réunions électorales, de questions sans filtres, de selfies...", a résumé Elizabeth Warren dans une vidéo de campagne. "Depuis un an, grâce à vous, je suis devenue une meilleure candidate, et je serai une meilleure présidente".

Sur les onze candidats encore en course pour l'investiture, quatre ont monopolisé ici la tête des sondages.

Derrière Bernie Sanders arrivent Joe Biden, le jeune ex-maire Pete Buttigieg et la sénatrice progressiste Elizabeth Warren. La sénatrice modérée Amy Klobuchar, 59 ans, a récemment grimpé dans les intentions de vote.

Le vote de l'Iowa ne se fera pas par bulletins secrets, mais lors d'assemblées d'électeurs, appelées "caucus", qui commenceront à 19H00 (01H00 GMT mardi). Dans environ 1.700 salles à travers l'Etat enneigé, souvent dans un certain tumulte, les électeurs se placeront physiquement sous la bannière du candidat de leur choix, et l'on comptera chaque groupe.

Complication qui rend les pronostics difficiles: les partisans de candidats qui n'obtiennent pas 15% au premier tour pourront rejoindre un autre candidat, ce qui génère toutes sortes de spéculations en coulisses...

Depuis des mois, candidats comme électeurs appellent avant tout à "battre Trump" le 3 novembre.

Le milliardaire est d'autant plus présent dans cette primaire que se profile son acquittement à Washington, lors du vote final de son procès en destitution mercredi au Sénat. Trois des candidats démocrates sont d'ailleurs également sénateurs et ont dû retourner à Washington lundi pour plusieurs heures.

Le président n'hésite pas à commenter, souvent moqueur, l'état de la course entre ses rivaux potentiels.

"J'ai des petits surnoms pour chacun d'entre eux", a ironisé Donald Trump dimanche sur la chaîne Fox News. Sanders? "Un communiste". Biden? "Joe l'endormi". Quant à Warren, elle ne "sait pas dire la vérité".

- Ultimes hésitations -

"Depuis un an, chacun d'entre nous tente de prouver qu'il est le plus apte à battre Donald Trump", a dit Pete Buttigieg sur CNN lundi matin. "Cela nous oblige à démontrer qu'on est capable de mobiliser les gens, d'obtenir le soutien des électeurs. Ce processus commence ici dans l'Iowa".

Bernie Sanders avait perdu de peu il y a quatre ans ici face à Hillary Clinton et espère cette fois que l'Iowa lui servira de tremplin. Il s'appuie pour cela sur les minorités et les jeunes, la génération "la plus progressiste de l'histoire de ce pays", proclame-t-il.

"Sortez et frappez aux portes", a-t-il exhorté, en sachant que les jeunes participent habituellement moins aux "caucus" que les électeurs plus âgés.

Ses partisans réfutent l'idée que son étiquette socialiste et sa promesse d'une "révolution politique" fassent obstacle à une victoire en novembre.

Que les candidats soient âgés, comme lui et Joe Biden (77 ans), ou nouveaux venus, comme Pete Buttigieg, 38 ans, leur message adressé à la base démocrate est qu'ils sont chacun le plus à même de priver le républicain d'un second mandat.

Joe Biden joue la carte de l'expérience et de la réconciliation nationale.

"Je suis le seul à avoir un large soutien parmi les +brown+ (Latinos, Indiens, Moyen-Orientaux, ndlr), +black+, jeunes, vieux, femmes, hommes, classe ouvrière", a-t-il dit sur NBC.

"Je suis candidat en partie en raison de mon expérience. Qui sera prêt dès le premier jour à décrocher son téléphone pour appeler n'importe quel dirigeant mondial?", a demandé celui qui fut vice-président de Barack Obama pendant huit ans.

Mais Pete Buttigieg rappelle que seuls des démocrates jeunes ont remporté la Maison Blanche depuis un demi-siècle, avec Kennedy, Clinton et Obama. Son message est qu'il existe une troisième voie entre le statu quo et la révolution (allusion à Bernie Sanders).

Comme lui, le candidat Andrew Yang, un entrepreneur qui a surgi de nulle part dans cette campagne, courtise explicitement les électeurs républicains et notamment ceux qui ont voté Donald Trump en 2016.

Les autres candidats incluent le milliardaire écologiste Tom Steyer, et un autre milliardaire, l'ancien maire de New York Michael Bloomberg, qui fait l'impasse sur l'Iowa et se concentre sur des Etats votant plus tard et qui rapportent beaucoup de délégués en vue de l'investiture.

Près de la moitié des électeurs se disaient encore indécis la semaine dernière. "La seule question que je me pose, c'est: qui va gagner" contre Donald Trump, dit une électrice, Kim Robinson, 67 ans.