Couvre-feu dès 18H00 pour une partie du pays et toujours 20H00 pour le reste des Français: le premier week-end de l'année a commencé sous de sombres auspices et toujours des critiques contre les lenteurs de la campagne de vaccination.

Des critiques qui agacent au niveau de l'exécutif, le Premier ministre Jean Castex assurant que le décalage avec les autres pays européens sera rattrapé.

"On sait tous que dans tous les pays", la campagne de vaccination "c'est une affaire qui va durer six mois", a-t-il affirmé en petit comité lors de son déplacement au Tchad. "Je sais que dans les mois qui viennent, à l’arrivée, la situation sera totalement équilibrée en terme de vaccination en Europe".

Les perspectives sont en revanche sombres pour le secteur de la restauration, un poids-lourd du gouvernement ne cachant pas son fort pessimisme quant à une réouverture dès le 20 janvier pour les bars et restaurants. Au sein de l'exécutif, on attend d'avoir en main toutes les données sanitaires au retour des fêtes pour trancher définitivement, mais une reprise de l'activité au 20 semble "très, très peu probable", souligne cette même source.

- "Un mal nécessaire" ? -

Ce pessimisme est principalement dû aux craintes d'une nouvelle flambée de l'épidémie et aux chiffres inquiétants dans l'Est qui a poussé le gouvernement à renforcer le couvre-feu dès samedi dans 15 départements (Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Ardennes, Doubs, Jura, Marne, Haute-Marne, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Nièvre, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Vosges et Territoire de Belfort).

A Nice, les avis étaient partagés à l'égard de cette mesure. Pour Gaëtan, c'est "un mal nécessaire" au vu du taux d'incidence "très élevé" dans la ville. Denis, apiculteur, relève que "les gens qui quittent le travail (...) ne vont pas pouvoir aller faire les courses, donc ils vont se retrouver tous les week-ends à aller faire les courses en même temps... C'est une aberration".

Même réaction chez Marie, juriste de 60 ans à Nancy: "On va être tous agglutinés dans les magasins à la sortie des bureaux".

Certains élus du Grand Est réclamaient d'ailleurs des mesures plus restrictives, jusqu'à des reconfinements locaux. Le gouvernement a prévenu que le renforcement des restrictions pourraient ne pas s'arrêter là si la situation se dégradait.

Les derniers chiffres de Santé Publique France vendredi montrent une légère baisse du nombre de patients hospitalisés et en réanimation, comme les quelques jours précédents, mais le nombre de nouveaux cas par jour est toujours important, avec près de 20.000 quotidiens ces deux derniers jours.

- "Fiasco" -

"Les premiers mois de l’année seront difficiles", avec une épidémie qui pèsera "au moins jusqu’au printemps", avait prévenu le chef de l'Etat dans ses voeux aux Français, tout en promettant qu'il ne laisserait pas une "lenteur injustifiée s'installer" dans la campagne de vaccination, alors que les critiques sur ce point ne faiblissent pas.

"Toute la communauté soignante ne comprend pas pourquoi il y a un tel écart avec l'Allemagne: l'Allemagne vaccine 20.000 personnes par jour, nous sommes à 50", a dénoncé samedi sur BFMTV le Pr Mehdi Mejdoubi, du centre hospitalier de Valenciennes. "Il faut lancer les vaccinodromes, c'est la seule solution pour vacciner rapidement", a-t-il plaidé.

Pour tenter de rassurer, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé jeudi que les soignants à partir de 50 ans pourraient être vaccinés dès lundi, avançant leur tour de plusieurs semaines. Mais cela n'a pas suffi à calmer les critiques.

"C'est ahurissant (...) Il n'y a rien qui a été organisé", s'est emporté vendredi soir sur LCI Martin Blachier, médecin de santé publique, dénonçant "le plus grand fiasco qu'on n'aura jamais eu dans le domaine de la santé".

Les critiques portent notamment sur les procédures mises en place dans les Ehpad, où la vaccination a commencé en premier, avec une visite pré-vaccinale pour déceler d'éventuelles contre-indications et recueillir le consentement de la personne.

Le Conseil scientifique a dit cette semaine craindre un probable rebond "incontrôlé" dans les prochaines semaines, notamment en raison des fêtes de fin d'année.

L'organisation de fêtes clandestines pour le réveillon du Nouvel An a d'ailleurs provoqué une certaine inquiétude, en particulier une rave party géante à Lieuron, en Bretagne, qui a commencé jeudi soir, avec environ 2.500 personnes rassemblées dans des hangars, et s'est achevée samedi matin sous l'oeil des forces de l'ordre.

Plusieurs centaines de verbalisations ont été dressées au titre des infractions Covid, pour non-respect du couvre-feu, non-port du masque et participation illicite à un rassemblement, selon les autorités.