C'est une des grandes inconnues du déconfinement: masque "grand public" sur le visage, Emmanuel Macron est venu mardi dans une école des Yvelines tenter d'apaiser les inquiétudes sur la périlleuse rentrée qui s'annonce en pleine épidémie de coronavirus.

Le chef de l'Etat a échangé avec quelques enfants de personnels indispensables actuellement scolarisés à l'école élémentaire Pierre Ronsard de Poissy, notamment autour des mesures de protection, qui menacent de virer au casse-tête insoluble selon nombre de maires et d'enseignants.

A quelques jours du début du déconfinement le 11 mai, il a également échangé en visioconférence avec des maires et directeurs d'école du département des Yvelines, prônant "bon sens" et souplesse face aux particularités locales.

Car alors que le bilan de l'épidémie a franchi lundi la barre des 25.000 morts, ce retour en classe inquiète parents, enseignants et élus locaux, particulièrement en région parisienne. Beaucoup de maires refusent de rouvrir les écoles dès la semaine prochaine, ou alors a minima. Ce qui entraînerait des répercussions en cascade, notamment sur la garde des enfants.

"Je comprends leurs angoisses, leurs questions, leurs inquiétudes", a lancé le président. Et de plaider pour un "retour progressif et concerté", avec pour objectif que "tous les enfants qui ont besoin de revenir à l'école (...) puissent trouver une école ouverte avec un temps aménagé".

Car alors que plusieurs pays voisins de la France entament ces jours-ci leur déconfinement, l'exécutif insiste sur l'urgence de remettre le pays en marche, après le confinement inédit de millions de Français pendant près de deux mois.

- Responsabilité -

Edouard Philippe, qui doit présenter jeudi les détails pratiques du déconfinement, a également qualifié la fermeture des écoles de "catastrophe pour les plus vulnérables des enfants et des adolescents", le décrochage scolaire étant selon lui "probablement une bombe à retardement".

Un protocole sanitaire très strict doit encadrer la réouverture des écoles: lavage de mains à répétition, bureaux espacés d'au moins un mètre, port du masque obligatoire ou conseillé selon les circonstances... Un vrai casse-tête pour les communes chargées de préparer cette rentrée à hauts risques.

Les élus sont aussi inquiets sur leur responsabilité pénale si la sortie du confinement devait mal se passer. "Nous sommes mobilisés, déterminés pour réussir le déconfinement, mais nous n'accepterons pas de le faire sans garanties", a ainsi prévenu le sénateur LR Philippe Bas.

Le Sénat doit d'ailleurs adopter mardi le projet de loi prorogeant l'état d'urgence sanitaire, mais largement modifié pour y "inscrire des garanties essentielles" en vue du déconfinement, notamment sur le suivi des malades du coronavirus et leurs contacts, et pour aménager le régime de responsabilité pénale des employeurs, élus locaux et fonctionnaires.

Le dispositif adopté, contre l'avis du gouvernement, dispose que pendant l'état d'urgence sanitaire "nul ne peut voir sa responsabilité pénale engagée" pour des contaminations par le coronavirus, sauf en cas d'intention délibérée, imprudence ou négligence.

- "Garanties essentielles" -

Les usagers des transports en commun sont tout aussi inquiets. Faire repartir les transports publics dans de bonnes conditions en respectant les règles de distanciation est "un pari très risqué", a ainsi estimé lundi Bruno Gazeau, le président de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut).

A une semaine de ce déconfinement, des millions de masques promis par les supermarchés commencent à arriver dans leurs rayons lundi, sans mettre fin aux polémiques: d'abord accusée de constituer des "stocks cachés" en pleine crise sanitaire, la grande distribution est désormais critiquée pour des prix jugés trop élevés.

"Normalement, ils (les distributeurs, NDLR) achètent ça 7 ou 8 centimes d'euro et le vendent 58 centimes (le paquet de quatre, NDLR), c'est-à-dire six fois le prix qu'ils l'ont acheté: ils font des bénéfices pendant une pandémie, c'est du délire", s'indigne German Montes, un Chilien vivant en France interrogé par l'AFP sur le parking de l'hypermarché Carrefour de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Sur ce sujet très sensible, la pénurie d'équipements de protection pour les personnels médicaux ayant fait scandale, le ministère de la Santé a annoncé mardi que les malades du coronavirus et les "personnes contacts" pourront se faire prescrire 14 masques chirurgicaux par semaine à partir du 11 mai. Les quantités distribuées aux soignants libéraux sont également revues à la hausse.

Autre outil de la lutte sanitaire sujet de controverse, l'application StopCovid, qui doit permettre de tracer les contacts avec des personnes diagnostiquées positives mais ne sera pas obligatoire, sera prête le 2 juin, a annoncé le secrétaire d'Etat au Numérique Cedric O. Elle devra d'ici là être soumise à la Cnil et n'aura pas recours aux plateformes d'Apple et Google, ultra-dominants sur le marché des smartphones.

- "Intenable" -

Sur le front économique, le chômage partiel restera pris en charge "à taux plein" après le 1er juin dans certains secteurs comme l'hôtellerie et la restauration, tandis que les autres entreprises devront contribuer aux salaires dans des "proportions raisonnables", a indiqué lundi la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Plus d'un salarié du privé (11,7 millions à ce jour) bénéficie de cette garantie de 84% du salaire net (100% au niveau du Smic), que l'Etat et l'assurance-chômage remboursent intégralement aux employeurs dans la limite de 4,5 Smic.

Le gouvernement entend néanmoins réduire dès le mois de juin sa participation pour inciter au retour au travail. Celui-ci commence timidement: le constructeur automobile PSA (Peugeot, Citroën) a annoncé le redémarrage progressif de ses usines européennes à partir de ce lundi.

D'autres secteurs cherchent à résoudre le casse-tête de la reprise de leurs activités tout en respectant les consignes sanitaires.

Distance entre les sièges, port du masque, suppression des buvettes, marquage au sol et nettoyage systématique des lieux clos: un rapport remis au gouvernement préconise ainsi une série de mesures pour déconfiner le secteur de la culture, à l'arrêt complet depuis mi-mars.

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