La plateforme de livraison alimentaire Deliveroo plongeait mercredi pour ses premiers pas à la Bourse de Londres, après une entrée sur le marché qui a suscité des interrogations sur son modèle et le statut de ses livreurs.

Le cours a même dégringolé brièvement de plus de 30% dans la première heure de cotation, et sa forte volatilité a entraîné une courte suspension du titre.

Vers 08H20 GMT, il reculait de 21% à 3,08 livres, bien moins que le prix de l'introduction fixé à 3,90 livres, alors que la société avait déjà dû revoir ses ambitions à la baisse pour cette opération.

L'opération boursière a valorisé l'entreprise à 7,6 milliards de livres alors que le groupe avait espéré jusqu'à 8,8 milliards initialement.

Deliveroo, connu pour son application permettant de commander des plats auprès de restaurants, a fait ses débuts sur le marché britannique à 07H00 GMT (08H00 à Londres).

Les échanges sont initialement réservés aux investisseurs professionnels avant d'être ouverts au grand public à partir du 7 avril.

Pour Sophie Lund-Yates, analyste chez Hargreaves Lansdown, la chute du cours "n'est pas une immense surprise compte tenu du contexte entourant la société".

"La principale crainte porte sur la réglementation des droits des travailleurs. Le modèle de flexibilité des livreurs est un pilier essentiel pour les projets de réussite du groupe", explique-t-elle.

Les investisseurs pourraient préférer céder le titre, compte tenu des risques que représenteraient un changement dans le statut des livreurs, contesté devant les tribunaux dans plusieurs pays, et forcé d'évoluer dans d'autres.

D'autant que Deliveroo n'est pas encore rentable, malgré une année de pandémie et de confinements favorable au e-commerce.

L'opération a relancé le débat sur la précarité des livreurs, qui sont des travailleurs indépendants symboles de la "gig economy", ou l'économie des petits boulots, et jouent un rôle crucial dans le modèle d'activité des plateformes numériques.

Le syndicat des travailleurs indépendants britanniques, l'IWGB, prévoit notamment un mouvement de grève le 7 avril afin de demander de meilleures conditions de travail.

La viabilité de son modèle économique préoccupe des investisseurs très influents de la City comme les gérants d'actifs Aberdeen Standard et Aviva Investors.

"Deliveroo a demandé un prix trop élevé pour une plateforme de livraison qui fait des pertes dans un secteur très concurrentiel et avec des questions sur ses perspectives de rentabilité", résume Neil Wilson, analyste chez Markets.com.

Les investisseurs ont massivement souscrit à l'opération, mais n'étaient pas prêts à payer trop cher.

Certains investisseurs ont en outre pu être découragé par le choix du fondateur et patron Will Shu d'opter pour un système à deux types d'actions pour une période de trois ans afin de garder le contrôle tout en cédant une partie du capital.

"C'est certainement un résultat décevant pour une introduction en Bourse qui a généré au départ beaucoup d'enthousiasme, mais la faiblesse récente des cours de nombre de ses homologues aux Etats-Unis, comme Doordash, semble avoir enlevé un peu de lustre au secteur", souligne Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

Il s'est agi toutefois de l'opération la plus importante depuis 2011 sur la place londonienne, qui cherche à rester attractive face à la concurrence accrue de l'Europe avec le Brexit.

- "Résultat décevant" -

La société a mis en Bourse 21,3% de son capital, lui permettant de récupérer 1,5 milliard de livres, dont un milliard grâce à l'émission de nouvelles actions. L'offre pourrait grimper jusqu'à 22,9% du capital si les investisseurs souhaitent acheter davantage d'actions.

Deliveroo, dont le géant Amazon détenait 16% du capital avant l'opération, veut utiliser l'argent pour financer sa croissance.

"Je suis très fier que Deliveroo entre en Bourse à Londres, chez nous", s'est félicité Will Shu.

"Nous allons continuer à investir dans les innovations qui aident les restaurants et le secteur de l'épicerie à grandir, à offrir plus de choix que jamais aux clients et à donner aux livreurs plus de travail", a-t-il ajouté.

L'introduction en Bourse doit permettre à Deliveroo de mieux rivaliser avec ses concurrents, alors qu'il n'a pas jusqu'à présent "la capacité financière d'Uber (qui possède Uber Eats, ndlr) ou la taille de Just Eat Takeaway", considéré comme le numéro un du marché, selon M. Hewson.

Il restera en outre à voir quelles seront les performances de Deliveroo une fois les restrictions sanitaires levées, alors que son activité a été dopée par la pandémie.