La plateforme de livraison alimentaire Deliveroo fait ses premiers pas en Bourse mercredi à Londres, avec une valorisation dans le bas de ses attentes à 7,6 milliards de livres et des interrogations sur le statut de ses livreurs.

Deliveroo, connu pour son application permettant de commander des plats auprès de restaurants, entrera officiellement sur le marché britannique à 07H00 GMT (08H00 à Londres).

Il s'agit de l'opération la plus importante depuis 2011 sur la place londonienne, qui cherche à rester attractive face à la concurrence accrue de l'Europe avec le Brexit.

Les échanges seront initialement réservés aux investisseurs professionnels avant d'être ouverts au grand public à partir du 7 avril.

Deliveroo a fixé à 3,90 livres par action son prix d'introduction en Bourse, a confirmé la société mercredi dans un communiqué, ce qui lui octroie une valorisation de 7,6 milliards de livres.

Dans le détail, la société a mis en Bourse 21,3% de son capital, lui permettant de récupérer 1,5 milliard de livres, dont un milliard grâce à l'émission de nouvelles actions, et 500 millions d'actions existantes vendues.

L'offre pourrait même grimper jusqu'à 22,9% du capital si les investisseurs souhaitent acheter davantage d'actions.

Deliveroo, dont le géant Amazon détenait 16% du capital avant l'opération, veut utiliser l'argent pour financer sa croissance et ce même si la société n'est pas encore rentable.

"Je suis très fier que Deliveroo entre en Bourse à Londres, chez nous", s'est félicité Will Shu, fondateur et directeur général de la société.

"Nous allons continuer à investir dans les innovations qui aident les restaurants et le secteur de l'épicerie à grandir, à offrir plus de choix que jamais aux clients et à donner aux livreurs plus de travail", a-t-il ajouté.

La société britannique a été toutefois contrainte de revoir ses ambitions à la baisse, compte tenu selon elle de la récente volatilité des conditions de marché.

Les investisseurs ont massivement souscrit à l'opération, mais n'étaient pas prêts à payer trop cher.

Elle avait espéré dans un premier temps un prix pouvant aller jusqu'à 4,60 livres soit une valorisation qui aurait pu atteindre 8,8 milliards de livres. Elle avait ensuite réduit la fourchette entre 3,90 et 4,10 livres.

- Un résultat "décevant" ? -

"C'est certainement un résultat décevant pour une introduction en Bourse qui a généré au départ beaucoup d'enthousiasme, mais la faiblesse récente des cours de nombre de ses homologues aux Etats-Unis, comme Doordash, semble avoir enlevé un peu de lustre au secteur", souligne Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

L'introduction en Bourse doit permettre à Deliveroo de mieux rivaliser avec ses concurrents, alors qu'il n'a pas jusqu'à présent "la capacité financière d'Uber (qui possède Uber Eats, ndlr) ou la taille de Just Eat Takeaway", considéré comme le numéro un du marché, selon M. Hewson.

Il restera en outre à voir quelles seront les performances de Deliveroo une fois les restrictions sanitaires levées, alors que son activité a été dopé par la pandémie.

Pour M. Hewson, des restaurateurs, s'ils peuvent rouvrir leurs portes, pourraient hésiter à payer la commission demandée par Deliveroo et qui peut atteindre jusqu'à 30%, selon l'analyste.

L'introduction en Bourse permet par ailleurs à Will Shu, de faire fructifier ses parts. Il a en outre opté pour un système à deux types d'actions pour une période de trois ans afin de garder le contrôle tout en cédant une partie du capital.

L'opération a par ailleurs relancé le débat sur la précarité des livreurs, qui sont des travailleurs indépendants symboles de la "gig economy", ou l'économie des petits boulots, sur laquelle s'appuient les plateformes numériques pour prospérer.

Le syndicat des travailleurs indépendants britanniques, l'IWGB, prévoit notamment un mouvement de grève le 7 avril afin de demander de meilleures conditions de travail.

La viabilité de son modèle économique préoccupe également des investisseurs très influents de la City.

Plusieurs géants de la gestion d'actifs, comme Aberdeen Standard et Aviva Investors, qui pèsent chacun des centaines de milliards de livres, ne souhaitent pas investir dans la société, évoquant le mauvais exemple donné par ses pratiques sociales.