Des milliers de militants pro-démocratie et de partisans pro-royalistes participaient à des démonstrations de force rivales mercredi dans le centre de Bangkok, ravivant les craintes de troubles dans le pays habitué aux violences politiques.

En milieu d'après-midi, quelque 5.000 manifestants antigouvernementaux, d'après la police, plus du double selon une estimation de l'AFP, tentaient de s'approcher de la Maison du gouvernement, réclamant le départ du Premier ministre, Prayut Chan-O-Cha et scandant "Prayut dehors!", "Vive le peuple!".

Le long du trajet, plusieurs milliers de partisans pro-royalistes, vêtus de jaune, la couleur du roi, étaient rassemblés pour venir saluer et soutenir le monarque Maha Vajiralongkorn dont le convoi doit passer dans l'après-midi.

Malgré une brève échauffourée, les deux camps maintenaient leurs distances.

Mais c'est la première fois qu'ils se retrouvent face à face depuis le début du mouvement de contestation, qui a fleuri cet été au sein d'une partie de la jeunesse thaïlandaise.

Et cette confrontation, pacifique à ce stade, ravive les craintes de violences dans un pays qui a connu 19 coups d'Etat ou tentatives depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932.

- "Ne pas insulter" le roi -

"La monarchie existe depuis plus de 700 ans. Ils veulent la renverser. On est venu apporter notre amour à notre souverain", a déclaré à l'AFP Siri Kasemsawat, guide touristique avant la pandémie de coronavirus.

"Il y aura des provocations, mais nous ne voulons entrer en conflit avec personne", a lancé de son côté l'un des leaders du mouvement pro-démocratie, Anon Numpa. "Quand le cortège royal arrive, ne prononcez pas d'insultes".

Quelque 15.000 policiers ont été déployés dans le centre de la capitale.

Les manifestants pro-démocratie réclament une nouvelle Constitution et le départ de Prayut Chan-O-Cha, au pouvoir depuis un coup d'Etat en 2014 et légitimé depuis par des élections controversées.

"Je devais être là pour avoir un avenir meilleur (...) pour la démocratie", estime Attaporn, 18 ans, qui a fait le voyage depuis le nord du pays.

Certains activistes, comme Anon Numpa, vont plus loin exigeant une réforme en profondeur de la royauté.

Ils demandent la non-ingérence du monarque dans les affaires politiques, l'abrogation de la draconienne loi sur le lèse-majesté et le retour des biens de la Couronne dans le giron de l'Etat, des revendications jugées inacceptables par le gouvernement.

Maha Vajiralongkorn, qui séjourne très fréquemment en Europe, est actuellement en Thaïlande.

Mardi, des dizaines de militants pro-démocratie avaient levé trois doigts au passage de sa voiture, un geste de défi à l'autorité royale. 21 activistes ont été interpellés par la police qui voulait dégager la voie avant le passage du cortège.

Ils vont être présentés dans la journée à la justice, a indiqué lors d'un point presse le porte-parole adjoint de la police, le colonel Kissana Phathanacharoen.

Les leaders du mouvement pro-démocratie espèrent rassembler plusieurs dizaines de milliers de manifestants ce mercredi, jour du 47e anniversaire du soulèvement étudiant de 1973.

Mais certains observateurs se demandent s'ils parviendront à faire mieux que lors de la dernière grande manifestation - qui avait réuni quelque 30.000 personnes en septembre dans la capitale - et craignent un essoufflement de la contestation.

"Ils ont peut-être surestimé leur force", relève Thitinan Pongsudhirak, politologue de l'université Chulalongkorn de Bangkok. Le mouvement, essentiellement des étudiants citadins jusqu'à présent, "manque d'un objectif et d'un programme clairs pour attirer un grand nombre de personnes", estime-t-il.

Selon lui, une réelle confrontation entre pro-royalistes et le mouvement anti-establishment est probable mais pas dans l'immédiat.