L'heure de la fermeture des bureaux de vote approchait en Géorgie dans le plus grand suspense autour d'une double élection qui déterminera le contrôle du Sénat et la marge d'action du futur président Joe Biden, décidé à marquer la rupture avec Donald Trump.

"Tout se joue aujourd'hui", a tweeté le démocrate.

Les deux candidats de son parti au Sénat, Jon Ossoff et Raphael Warnock, espèrent créer la surprise et faire basculer la chambre haute sous le contrôle des démocrates.

"Cette élection va être très serrée", ont mis en garde dans l'après-midi les deux sénateurs républicains sortants, David Perdue et Kelly Loeffler.

S'ils parviennent à conserver un seul de leurs sièges, les républicains conserveront leur majorité au Sénat.

Après une campagne haletante, les bureaux de vote fermeront à 19H00. Les résultats définitifs pourraient ne pas être connus dans la soirée.

Plus de trois millions d'électeurs, un nombre record pour une sénatoriale partielle en Géorgie, ont pu voter par anticipation, soit quelque 40% des inscrits en Géorgie.

L'heure des résultats dépendra "d'à quel point la marge est serrée" et du nombre de bulletins par anticipation arrivant encore mercredi, "mais cela sera probablement demain matin", a indiqué le responsable républicain chargé des élections en Géorgie, Brad Raffensperger, sur Fox News.

Au total 832 millions de dollars ont été dépensés dans la campagne, selon le Center for Responsive Politics, un organisme indépendant.

- L'élection "la plus importante" -

Dans le centre d'Atlanta, un bastion démocrate, les électeurs entraient au compte-gouttes dans une église luthérienne transformée en bureau de vote.

"Je pense que c'est l'élection la plus importante de ma vie", confie Robert Lowe, retraité de 74 ans qui a voté pour les deux démocrates.

"S'ils ne gagnent pas tous les deux et que les républicains gardent le Sénat, rien ne bougera", explique cet ancien professionnel de stand-up.

A Dalton, fief conservateur du nord-ouest de la Géorgie, Rony Haikal juge aussi cette élection "vraiment importante". Mais lui a voté pour les sénateurs républicains.

"On peut littéralement changer l'avenir de ce pays", dit-il.

- "Sauver l'Amérique" -

Signe des grands enjeux, les présidents élu et sortant avaient fait lundi le déplacement sur le terrain pour donner de la voix.

Ces élections partielles pourraient être "votre dernière chance de sauver l'Amérique telle que nous l'aimons", a tonné à Dalton Donald Trump, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite, plus de deux mois après l'élection.

Son prédécesseur démocrate Barack Obama a encouragé mardi soir les électeurs à rester dans les files d'attente pour voter. "Transformons l'essai", a-t-il tweeté.

Les deux sénateurs républicains partent toutefois favoris dans cet Etat conservateur.

S'il n'a pas remporté le premier tour, David Perdue était arrivé proche des 50% face à Jon Ossoff. Kelly Loeffler pourrait elle bénéficier d'un important report de voix d'un rival républicain, qui avait divisé les soutiens au premier round contre Raphael Warnock, arrivé en tête.

Mais les démocrates ont espoir de l'emporter, galvanisés par la courte victoire de Joe Biden dans l'Etat le 3 novembre, une première depuis 1992.

Ils espèrent surtout une grande mobilisation des électeurs noirs. Des républicains modérés pourraient en outre être découragés d'aller voter par les accusations répétées de fraude lancées par Donald Trump.

- Trump devant ses partisans -

Au lendemain de ces élections partielles, le Congrès se réunira pour enregistrer formellement le vote des grands électeurs en faveur de Joe Biden (306 contre 232).

L'issue de cette obligation constitutionnelle ne fait aucun doute: Joe Biden deviendra la 46e président des Etats-Unis le 20 janvier.

Mais la croisade de Donald Trump donne à cette journée une tonalité particulière.

Si certains poids lourds républicains ont fini par admettre la victoire du démocrate, le président sortant compte sur le soutien indéfectible de dizaines de parlementaires.

Ces élus ont promis d'exprimer leurs objections mercredi, et de faire résonner les allégations de fraude au sein même du Capitole.

M. Trump a de nouveau fait pression mardi sur son vice-président Mike Pence, auquel reviendra le rôle protocolaire de déclarer Joe Biden vainqueur.

"Le vice-président a le pouvoir de rejeter les grands électeurs choisis de façon frauduleuse", a tweeté le président, à tort.

Dans la rue, une grande manifestation de soutien à Donald Trump est prévue à Washington. Tenant des drapeaux au nom du milliardaire, des centaines de sympathisants se rassemblaient déjà dans la capitale lundi.

Le président sortant a confirmé qu'il s'exprimerait devant eux mercredi à 11H00 (16H00 GMT) depuis l'Ellipse, esplanade située au sud de la Maison Blanche.

Joe Biden lui s'est largement gardé de commenter cette pression sans précédent autour d'une journée qui relève d'ordinaire d'une formalité. Mercredi il a prévu de faire un discours... sur l'économie.