Donald Trump n'est pas le seul républicain menacé par les élections américaines du 3 novembre. Plombé par ses mauvais sondages, le parti se démène furieusement pour sauver des sièges de sénateurs républicains et conserver la majorité à la chambre haute.

"Je suis optimiste", a confié à l'AFP le sénateur démocrate Chris Coons, un proche allié du candidat à la Maison Blanche Joe Biden.

"Je pense que si les élections étaient organisées aujourd'hui, les démocrates prendraient le contrôle du Sénat."

L'enjeu est de taille: si Joe Biden était aussi élu président et que les démocrates maintenaient le contrôle de la chambre basse, le parti détiendrait tous les grands leviers du pouvoir fédéral à Washington pour la première fois depuis les débuts de la présidence Obama.

Cette perspective encore inattendue il y a quelques mois a émergé alors que certains électeurs traditionnels du parti républicain se sont éloignés du tempétueux président, découragés notamment par sa gestion de la pandémie de coronavirus.

En face, des candidats démocrates s'attirent des mannes de financement, alimentées par l'espoir grandissant qu'ils pourraient gagner.

Même le sénateur de la Caroline du Sud Lindsey Graham, figure du parti et proche de Donald Trump, voit sa vie politique mise en péril par un rival bien moins connu, Jaime Harrison, qui a pulvérisé tous les records pour le Sénat en récoltant 57 millions de dollars au troisième trimestre.

Les républicains occupent 53 des 100 sièges du Sénat mais quatre d'entre eux sont aujourd'hui devancés dans les sondages par leurs rivaux démocrates et cinq sont, comme Lindsey Graham, au coude-à-coude.

Si les démocrates s'emparaient de trois sièges et de la Maison Blanche, ils pourraient reprendre le contrôle du Sénat, puisque la vice-présidente élue Kamala Harris pourrait alors, selon la Constitution, voter pour départager un vote 50-50.

- Distances avec Trump -

Même le sénateur conservateur Ted Cruz a averti récemment que les élections parlementaires et présidentielle du 3 novembre pourraient se convertir en "bain de sang" de proportion historique pour les républicains.

Son siège n'est pas en lice mais son collègue texan John Cornyn fait lui face à un défi plus ardu qu'attendu, même s'il reste en tête.

Les sénateurs en difficultés devraient-ils s'éloigner de Donald Trump? "Dans certains de ces Etats, il est très populaire et cela me semblerait donc être une mauvaise décision", a-t-il répondu à l'AFP. Tout en évitant de dire si le président aidait sa propre candidature au Texas.

"J'espère faire mieux que lui dans l'Etat", s'est-il contenté de répondre.

Les sénateurs républicains de l'Arizona, du Colorado et du Maine sont en difficultés depuis des mois. Et tentent de prendre leurs distances avec Donald Trump.

Alors qu'on leur demandait lors de récents débats s'ils étaient fiers de soutenir le milliardaire, Martha McSally, dans l'Arizona, et Cory Gardner, dans le Colorado ont esquivé.

"Je suis fière de me battre pour l'Arizona tous les jours", a lancé la sénatrice et ex-pilote de chasse, qui arrive huit points derrière le candidat démocrate et ancien astronaute Mark Kelly.

- "Je connais la Caroline du Sud" -

Et dans le Maine, un Etat qui comme le Colorado avait voté en 2016 pour Hillary Clinton, la sénatrice Susan Collins est arrivée derrière la démocrate Sara Gideon dans tous les grands sondages depuis le début de l'année.

La Caroline du Nord aussi penche à gauche cette fois. Le républicain sortant Thom Tillis arrive cinq points derrière le démocrate Cal Cunningham, alors même que ce dernier, un ex-militaire marié, a récemment reconnu avoir échangé des textos intimes avec une autre femme.

Plus surprenant encore, les sénateurs républicains d'Etats comme l'Iowa, la Géorgie, la Caroline du Sud et le Montana sont au coude-à-coude avec leurs rivaux.

Et si Joe Biden enregistrait une victoire écrasante, l'effet d'entraînement pourrait mettre en jeu des sièges encore plus inattendus au Texas, en Alaska, dans le Kansas et même celui du chef de la majorité Mitch McConnell, dans le Kentucky .

En Caroline du Sud, Lindsey Graham défend sa loyauté à Donald Trump et sa volonté controversée d'avancer, en tant que chef de la commission judiciaire, vers la confirmation de la candidate à la Cour suprême Amy Coney Barrett sans attendre le 3 novembre.

"Seul le temps dira comment cela affecte l'élection", a-t-il déclaré mardi.

Mais le sénateur balaye l'idée que ses efforts pour qu'elle soit confirmée au plus vite par la Sénat puissent lui coûter son siège:

"Cela ne me vient même pas à l'esprit", a-t-il lancé. "Faites-moi confiance, je connais la Caroline du Sud."