Une énorme flotte de bateaux de pêche chinois opère illégalement en Corée du Nord, où elle prélève d'importantes quantités de calmars d'une valeur atteignant les centaines de millions de dollars, affirme une étude rendue publique mercredi.

Face à ces centaines de navires chinois beaucoup plus modernes, les pêcheurs nord-coréens sont contraints de se rabattre sur les eaux russes, selon l'étude Global Fishing Watch pilotée par un groupe de chercheurs de plusieurs pays.

Ils se sont appuyés sur quatre technologies satellites distincte pour tenter de déterminer les activités de pêche illégale dans les eaux peu étudiées autour de la péninsule coréenne.

Au moins 900 bateaux de pêche d'origine chinoise ne pouvant être suivis par les systèmes de détection et de surveillance publics ont opéré dans les eaux nord-coréennes en 2017, selon cette étude, et 700 autres l'année suivante.

Il s'agit du cas connu de flotte de grande pêche illégale la plus importante, selon cette étude publiée par l'American Association for the Advancement of Science dans son journal Science Advances.

Les sanctions ordonnées par le Conseil de sécurité des Nations unies pour contraindre la Corée du Nord à renoncer à ses programmes nucléaire et balistique lui interdisent d'exporter ses produits de la mer ou de vendre des droits de pêche.

On ignore s'il existe un accord bilatéral entre Pékin et Pyongyang au sujet de la pêche.

Dans son dernier rapport sur l'application des sanctions, le Conseil de sécurité affirmait que le Nord continuait de "tirer des revenus de la vente illégale de ses droits de pêche".

Les chercheurs estiment à 440 millions de dollars la valeur des stocks de calmars prélevés en deux ans par les bateaux de pêche chinois, soit autant que la valeur combinée des prises de ce mollusque par les pêcheurs japonais et sud-coréens.

Connu en français sous le nom de toutenon japonais (todarodes pacificus), ce calmar est l'un des produits de la mer les plus consommés au Japon. Avant l'interdiction des exportations, il était la troisième ressource la plus exportée par Pyongyang.

L'étude affirme que les pêcheurs chinois opèrent depuis 2004 dans les eaux nord-coréennes. Mais depuis 2016, les autorités chinoises ne font plus état de l'ampleur de leurs prises, ni même du fait que leurs bateaux pêchent en Corée du Nord.

Les pêcheurs nord-coréens sont les premières victimes de cette concurrence des bateaux chinois et sont désormais contraints d'aller dans les eaux russes, par lesquelles transitent les calmars au moment de leurs migrations.

A partir de 2014, la Russie autorisait moins de 100 bateaux nord-coréens dans ses eaux et officiellement plus aucun à partir de 2017. Mais l'étude estime qu'environ 3.000 bateaux nord-coréens ont opéré illégalement dans les eaux russes en 2018.

Les pêcheurs nord-coréens risquent cependant gros pour atteindre les zones de pêche russes à bord de leur bateaux en bois "non équipés pour les voyages au long cours", selon l'étude.