Des émissaires américains et africains ont intensifié leurs efforts jeudi à Khartoum pour trouver une solution à la crise entre les militaires au pouvoir et le mouvement de contestation au Soudan, où le président déchu Omar el-Béchir a été inculpé pour corruption.

Renversé et arrêté le 11 avril par l'armée sous la pression de la rue, Omar el-Béchir qui a dirigé le Soudan pendant près de trois décennies, a été inculpé pour "corruption" après avoir été accusé notamment "de possession de devises étrangères et d'avoir acquis des richesses illégalement", selon l'agence de presse Suna.

Le jugement de M. Béchir et des principaux responsables de son régime est l'une des revendications du mouvement de contestation qui réclame aujourd'hui au Conseil militaire de transition qui a succédé à M. Béchir de transférer le pouvoir aux civils.

Pour maintenir la pression sur ce Conseil, une campagne de désobéissance civile a quasiment paralysé la capitale Khartoum de dimanche à mardi, malgré le durcissement de la répression enclenchée avec la dispersion sanglante le 3 juin du sit-in devant le QG de l'armée à Khartoum.

C'est grâce à une médiation du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed que les chefs de la contestation ont cessé la campagne de désobéissance civile et accepté le principe d'une reprise des pourparlers avec le Conseil militaire.

Les Etats-Unis et l'Union africaine (UA) qui appellent à un transfert du pouvoir aux civils, ont eux dépêché des émissaires à Khartoum qui ont eu des réunions avec des responsables soudanais et des meneurs de la contestation.

Le nouvel émissaire spécial américain, Donald Booth, et le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique, Tibor Nagy, doivent aussi rencontrer le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane. Mais il n'était pas possible de savoir si la rencontre avait eu lieu.

- "Slogans disparus" -

L'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), le fer de lance de la contestation déclenchée en décembre 2018, a indiqué que ses leaders avaient informé les responsables américains de la nécessité d'une enquête transparente sur la dispersion du sit-in le 3 juin, attribuée par les chefs de la contestation aux troupes des redoutées Forces de soutien rapide (RSF).

Selon un comité de médecins proches de la contestation, plus de 100 personnes ont été tuées dans la répression, la plupart dans la dispersion du sit-in. Les autorités ont parlé de 61 morts.

Les leaders de l'ALC ont également appelé au retrait des "milices" des rues de Khartoum et d'autres villes, à l'arrêt des coupures d'internet et à l'établissement d'une autorité civile, selon un communiqué.

Jeudi, moins de membres des RSF étaient présents dans les rues de la capitale, où des embouteillages se sont de nouveau formés, a constaté un correspondant de l'AFP.

Quelques magasins du marché d'or ont rouvert, alors que plus d'habitants et d'employés étaient visibles. Néanmoins, plusieurs secteurs ont subi des coupures d'électricité, et l'accès à internet demeure difficile.

"Aujourd'hui, c'est mon premier jour de travail depuis l'arrêt de la campagne mais je ne suis pas d'humeur à aller travailler", a déclaré Souheir Hassan, un fonctionnaire. "Je suis passé par la zone du sit-in et je me suis rappelé que toutes ces voix qui scandaient des slogans révolutionnaires ont à présent disparu".

- "Pas d'optimisme excessif" -

A Khartoum, MM. Booth et Nagy doivent en outre rencontrer des diplomates saoudiens, émiratis et égyptiens. L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l'Egypte soutiennent les généraux au pouvoir, estiment des analystes.

Après le renversement de M. Béchir, Ryad et Abou Dhabi ont octroyé une aide de trois milliards de dollars au Soudan, dont un dépôt de 500 millions USD à la Banque centrale, pour soutenir la livre soudanaise qui a plongé face au dollar.

Les émissaires américains doivent aussi se rendre à Addis Abeba pour s'entretenir avec des responsables éthiopiens et de l'UA qui a suspendu le Soudan après la répression.

L'émissaire de l'UA, Mohamed El Hacen Lebatt, a assuré qu'une équipe de diplomates étrangers travaillait à résoudre la crise. "Je peux dire sans optimisme excessif que les discussions que nous avons eues avec chaque partie séparément progressent".

La crise économique au Soudan a été à l'origine des premières manifestations contre le régime de Béchir, destitué après trois décennies au pouvoir.

Les pourparlers entre Conseil militaire et meneurs de la contestation ont été suspendus le 20 mai, chaque camp voulant diriger la future instance censée mener la transition. Les relations se sont nettement détériorées avec la répression du sit-in et les meneurs de la contestation insistent désormais pour que tout accord s'accompagne "de garanties régionales et internationales".