A 33 ans, elle est un des visages du gouvernement de gauche espagnol dont son compagnon Pablo Iglesias est un des vice-présidents: la ministre de l'Egalité Irene Montero, ancienne "Indignée" et féministe au franc-parler assumé, divise et agace, mais s'impose comme une figure politique montante.

Le drapeau arc-en-ciel pend le long de la façade de son ministère: les minorités se portent en étendard chez Irene Montero, qui veut présenter au printemps son projet de loi sur les droits des personnes transgenre.

Favorable à ce qu'elles puissent changer de genre à l'état-civil simplement en émettant le souhait, sans aucun rapport médical, elle se heurte toutefois au refus des socialistes, qui gouvernent en coalition avec son petit parti de gauche radicale, Podemos. Le désaccord augure mal du sort de ce projet emblématique pour Irene Montero et son parti.

Une enfance dans une école Freinet à la pédagogie alternative et une adolescence aux Jeunesses Communistes: cette fille unique, élevée par un père déménageur et une mère éducatrice, a très jeune senti monter en elle la fièvre de l'engagement.

Sa méthode ? Une communication à base de coups de gueule et un féminisme offensif.

Pur produit de Podemos, formation héritière du mouvement anti-austérité des Indignés né en 2010 de la crise financière, cette doctorante en psychologie devient, dès la création du parti en 2014, la cheffe de cabinet de Pablo Iglesias, avant d'être élue députée en 2015, quand Podemos entre en force au parlement espagnol.

- Duo au sommet -

Style décontracté, arborant des t-shirts sous ses vestes, elle sait "parler le langage des gens, de façon moins sophistiquée et moins savante que ses collègues (fondateurs) de Podemos, presque tous politologues et professeurs d'université", relève l'analyste politique Euprepio Padula.

Un atout lorsqu'elle devient à 29 ans cheffe du groupe Podemos à la Chambre des députés. A ce poste, elle marque les esprits en grimpant en 2017 à la tribune pour défendre sans succès une motion de censure contre le Premier ministre de droite de l'époque, Mariano Rajoy.

Un exercice lors duquel elle a ressenti "une grande responsabilité". "C'était la première fois qu'une femme défendait une motion de censure" en Espagne, dit-elle dans un entretien à l'AFP.

Tandis qu'elle gagne en visibilité (le magazine Forbes l'inscrit parmi les personnalités politiques de moins de 30 ans les plus influentes en Europe), sa relation avec Pablo Iglesias devient publique.

En janvier 2020, lorsque Podemos entre au gouvernement, elle hérite du portefeuille de l'Egalité. Un joli coup pour le parti, qui n'a pas de base électorale féminine solide et cherche à concurrencer sur ce terrain les socialistes, "qui attirent le plus les voix des femmes depuis des années", souligne José Rama, politologue à l'Université autonome de Madrid.

Duo au sommet, Iglesias et Montero disposent "d'un pouvoir impressionnant, puisqu'ils ont deux portefeuilles ministériels et qu'ils contrôlent les organes internes du parti", poursuit M. Rama.

Une personnification du pouvoir qui leur a valu des critiques au sein même de leur parti, tout comme la polémique déclenchée par leur achat d'une villa avec piscine près de Madrid en 2018.

Mais la ministre ne goûte guère les allusions publiques à sa vie privée. Une sénatrice d'un parti de droite en a fait les frais l'an dernier lorsqu'elle l'a interpellée sur son compagnon. "Je mets qui je veux dans mon lit !", a rétorqué Montero en plein hémicycle.

Celle qui se décrit comme "psychologue, mère, féministe" peut arriver le bébé en bandoulière à un débat télévisé, allaiter en pleine interview ou verser une larme lors d'un discours sur les violences de genre.

- "Féministe radicale" -

Prostitution, autodétermination du genre... Ses avis tranchés lui valent d'être régulièrement taxée, à droite et au centre, de "féministe radicale" et d'être accusée de diviser au sein même du mouvement féministe.

La féminité sobre, gage de légitimité en politique? Très peu pour celle qui souhaite que "les femmes occupent l'espace public sans demander l'autorisation".

"Il est évident qu'il est difficile de faire de la politique pour une jeune femme", souligne cette mère de trois enfants. "Peu importe ton sérieux, ton expérience, ta pertinence, il y aura toujours un argument pour te délégitimer, que ce soit à travers ton couple, tes amis, ta jeunesse..."

Et de défendre, malgré son passé de militante anti-système, son maroquin: "Si nous voulons faire les transformations profondes dont notre société a besoin, nous devons faire partie des gouvernements qui prennent ces décisions".