Des milliers de Hongkongais ont bravé dimanche l'interdiction de manifester le visage masqué en descendant dans les rues de la ville, dont la majorité des stations de métro demeurait fermée deux jours après des actes de vandalisme généralisés.

De son côté, la justice de l'ex-colonie britannique a rejeté un recours déposé par des élus pro-démocratie du Conseil législatif (LegCo), le Parlement local, contre la décision du gouvernement d'invoquer une loi d'urgence pour interdire aux manifestants de dissimuler leur visage.

C'est cette mesure annoncée vendredi par la cheffe de l'exécutif Carrie Lam qui, cette fois, a mis le feu aux poudres et débouché sur une soirée de violences et d'actes de dégradation ciblés notamment contre MTR, la société gérant le métro de Hong Kong accusée de faire le jeu de Pékin.

Au moment où la Haute cour de Hong Kong déboutait dimanche les élus de l'opposition de leur recours contre la décision de Mme Lam, deux nouvelles manifestations non autorisées ont débuté sous une pluie battante. L'une dans les quartiers du centre de l'île de Hong Kong. La deuxième de l'autre côté de la baie, sur la presqu'île de Kowloon.

- Ruée sur les magasins ouverts -

Hong Kong traverse depuis quatre mois sa pire crise politique, avec des manifestations quasi-quotidiennes pour dénoncer le recul des libertés et la mainmise grandissante du gouvernement chinois sur les affaires de sa région semi-autonome, et exiger aussi des réformes démocratiques.

Alors que les métros n'avaient pas circulé samedi, MTR a indiqué que 45 stations étaient ouvertes dimanche, mais que 48 resteraient fermées dans les quartiers particulièrement affectés par la contestation, notamment les secteurs touristiques du centre.

La ville de 7,5 millions d'habitants est extrêmement dépendante de son métro, l'un des plus performants au monde, qui transporte en temps normal quatre millions de passagers par jour.

D'où le casse-tête dimanche pour les usagers, qui prenaient d'assaut les bus et les taxis.

Chose également rarissime dans une agglomération droguée au shopping, plusieurs chaînes de supermarchés et centres commerciaux étaient fermés, poussant des habitants à se ruer sur les rares magasins ouverts afin de faire des réserves.

Samedi, des milliers de manifestants avaient encore pris part à des actions non autorisées et des flashmobs dans divers quartiers de la ville.

La loi d'urgence invoquée vendredi par Carrie Lam date de 1922, une époque où Hong Kong était une colonie britannique, n'avait plus été utilisées depuis 1967.

- "Avenir très sombre" -

Elle autorise l'exécutif à prendre "n'importe quelle mesure", sans feu vert du corps législatif, dans l'éventualité d'une situation d'urgence ou d'un danger pour la population.

Mme Lam l'a utilisée pour interdire le port du masque par les manifestants, qui s'en servent pour dissimuler leur identité et se prémunir de poursuites judiciaires mais aussi se protéger des lacrymogènes. Mais l'interdiction a été sans effet sur les protestataires.

La mesure d'interdiction a été saluée par Pékin, mais, au-delà de la question du masque, l'opposition et les manifestants y voient les prémisses d'une dérive autoritaire.

"Je crois que c'est une des questions de constitutionnalité les plus plus importantes de l'histoire de Hong Kong", a déclaré dimanche aux journalistes le député Dennis Kwok, avant la décision de la Haute cour.

"Si cette loi d'urgence est validée, l'avenir de Hong Kong sera très sombre".

La contestation avait démarré en juin contre un projet de loi qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Le texte a été abandonné début septembre, trop tard aux yeux de manifestants qui avaient entretemps considérablement élargi leurs revendications.

Les pires échauffourées ont eu lieu mardi, alors que la Chine populaire fêtait son 70ème anniversaire. Pour la première fois, un policier a tiré à balle réelle sur un étudiant de 18 ans, le blessant grièvement.

Un adolescent de 14 ans a également été blessé par balle vendredi soir par un policier en civil qui était entouré par un groupe de manifestant jetant des cocktails Molotov.

De son côté, Mme Lam a défendu les pouvoirs d'urgence tout en affirmant que cela ne signifiait pas que l'état d'urgence était décrété.

"Nous ne pouvons laisser les émeutiers détruire davantage notre Hong Kong chérie", a-t-elle déclaré samedi dans une vidéo enregistrée, le visage de marbre.