Plusieurs milliers de personnes ont manifesté vendredi pour le deuxième jour d'affilée en Arménie afin d'obtenir la démission du Premier ministre Nikol Pachinian, critiqué pour la défaite dans la guerre d'automne 2020 au Nagorny Karabakh.

La crise politique qui couvait depuis l'humiliante défaite de novembre face à l'ennemi juré, l'Azerbaïdjan, a connu jeudi un spectaculaire rebondissement avec l'appel de l'état-major à la démission de M. Pachinian, lequel a dénoncé une tentative de coup d'Etat et réuni quelque 20.000 de ses partisans dans la capitale Erevan.

L'opposition, en retour, a organisé une manifestation d'au moins 10.000 personnes, érigeant des barricades, installant des tentes, bloquant les rues entourant le Parlement et promettant d'y rester jusqu'au départ du Premier ministre.

Après avoir campé dans la nuit, les opposants ont encore défilé vendredi dans le centre d'Erevan, agitant des drapeaux arméniens et scandant des slogans anti-pouvoir.

"Le peuple doit descendre dans la rue et exprimer sa volonté pour qu'on évite un bain de sang et la crise", a lancé l'ex-Premier ministre Vazguen Manoukian, que l'opposition aimerait voir prendre la tête du gouvernement.

Dans le cortège où la colère était palpable, Grigor Airapetian, un retraité de 68 ans, estimait que "le temps de Nikol est terminé". "Tellement de jeunes gens ont été tués, nous avons subi une défaite militaire et la souveraineté du pays a été affaiblie", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Qui respectera un pays dont le dirigeant a capitulé à l'arrachée et a été humilié publiquement par (le président azerbaïdjanais) Aliev?", s'est demandé Astghik Manoukian, une manifestante de 32 ans.

Les protestataires se sont rendus devant le siège de la présidence puis la résidence du Premier ministre. A 19H30 (15H30 GMT), plus de 2.000 d'entre eux étaient toujours réunis devant le Parlement, certains prêts à y passer une deuxième nuit.

- Guerre avec l'Azerbaïdjan -

Si Nikol Pachinian s'est dit prêt à entamer des "consultations" avec l'opposition pour apaiser les tensions, il a aussi menacé d'arrêter tous ceux qui violeraient la loi.

Une figure du parti d'opposition Fédération révolutionnaire arménienne, Guegham Manoukian, a pour sa part martelé vendredi qu'il ne parlerait avec Nikol Pachinian que de sa "démission".

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a lui appelé vendredi les partisans de M. Pachinian et de l'opposition au "dialogue" pour préserver la "démocratie".

Le Premier ministre arménien, arrivé au pouvoir en 2018 à la faveur d'une révolution pacifique, est visé par des appels à la démission depuis la défaite dans la guerre pour le contrôle de la région du Nagorny Karabakh, en novembre dernier.

A l'époque, confrontée au risque d'une débâcle, l'armée avait demandé au chef du gouvernement d'accepter un cessez-le-feu négocié par le président russe Vladimir Poutine et qui impliquait d'importantes pertes territoriales pour Erevan.

Si l'essentiel de la région séparatiste arménienne du Nagorny Karabakh a survécu, l'Arménie a perdu la ville symbolique de Choucha, ainsi qu'un glacis de territoires azerbaïdjanais entourant la région. En six semaines, la guerre a fait environ 6.000 morts.

L'armée soutenait jusqu'à présent le Premier ministre mais l'a lâché cette semaine après le limogeage d'un haut-gradé ayant critiqué les déclarations de M. Pachinian selon lesquelles la défaite était en partie due à l'inefficacité d'un système d'armement russe, les lance-missiles Iskander.

L'état-major arménien a alors réclamé la démission de M. Pachinian, jugeant qu'il n'était "plus en mesure de prendre les décisions qui s'imposent" et l'accusant "d'attaques destinées à discréditer les forces armées".

Cette déclaration n'a toutefois été suivie d'aucun mouvement de troupes tandis que M. Pachinian prenait la tête, mégaphone en main, d'une marche de sympathisants de 20.000 personnes à Erevan pour réaffirmer son pouvoir.

"L'armée (...) doit obéir au peuple et aux autorités élues", a-t-il dit jeudi sous les hourras de la foule.