Le tribunal de commerce de Paris a étendu jeudi les pouvoirs de l'administrateur judiciaire en charge de la société de production de dessins animés Moonscoop, en redressement depuis le 20 juin et en proie à une guerre entre actionnaires, afin qu'il en devienne le représentant, a-t-on appris de sources concordantes.

La prise de pouvoir de Me Gérard Philippot, qui s'applique aussi aux filiales, semblait satisfaire tout le monde jeudi soir, les frères Benoît et Christophe di Sabatino (31,2% des parts), révoqués le 31 juillet de leurs fonctions respectives de membre du conseil de surveillance et de président du directoire, comme l'homme d'affaires Joël Vaturi (25,9%), qui conteste fermement leur gestion.

L'entreprise fondée au début des années 1990 a notamment produit Casper, Titeuf, Petit Vampire, Code Lyoko. Elle est en redressement judiciaire depuis le 20 juin, de même que son studio d'Angoulême Antefilms et d'autres filiales. Elle emploie 140 personnes.

"C'est un grand soulagement, car dans l'intérêt de la société il nous paraît important que ce soit une personne neutre et digne de confiance qui en ait la responsabilité", a estimé auprès de l'AFP Benoît di Sabatino, qui reste comme son frère salarié de la société.

"Grand soulagement" aussi pour Rhissam Boudina, représentant des salariés qui avaient souhaité cette décision, comme les frères di Sabatino. Il a estimé "qu'on va enfin pouvoir travailler dans un climat serein".

Joël Vaturi lui-même, qui n'était pas convoqué à cette audience tenue à huis clos, a déclaré avoir "une réaction tout à fait positive". "A partir du moment où la gérance a été retirée à ces messieurs, je trouve que c'est une bonne nouvelle pour l'entreprise, même si ce n'est pas une garantie qu'elle va s'en sortir", a-t-il affirmé.

Le tribunal de commerce s'est étonné, selon ces sources concordantes, d'un PV en date du 31 juillet parvenu mercredi chez Me Philippot, et faisant état de la désignation d'un nouveau président du directoire de Moonscoop, Renaud Le Youdec, lors d'un conseil de surveillance tenu ce jour-là dans la foulée de la révocation des frères di Sabatino.

Selon un témoin de ce conseil, le principe de cette nomination avait été adopté, mais pas finalisé, et aucune sténographe n'a pris note de cette décision. M. Vaturi, soulignant que M. Le Youdec a été désigné à l'unanimité des membres du conseil de surveillance, a dit que celui-ci n'avait pu être joint pendant la séance pour accepter formellement sa mission, mais qu'il l'avait été ensuite, retournant son acceptation le lendemain. Pour M. Vaturi, il a donc "été régulièrement nommé". "Si quelqu'un veut le contester, il peut le faire devant un tribunal", a-t-il dit.

Avec la désignation de Me Philippot, ce point semble de toute façon sans grande conséquence pour l'instant.

Benoît di Sabatino a estimé jeudi "qu'en dehors du conflit entre actionnaires, la société a des fondamentaux très solides, qui lui permettent d'envisager un avenir, pour autant qu'on se concentre sur l'intérêt social".

De son côté M. Vaturi a déploré que l'entreprise "valorisée à 250 millions d'euros il y a cinq ou six ans en vaille zéro aujourd'hui".

Moonscoop était encore en 2012 le deuxième producteur de programmes d'animation en France, derrière Xilam Animation, selon le CNC. Il était en tête entre 2008 et 2012.

Dans cette affaire, la Banque publique d'investissement (BPI) se trouve en position d'arbitre, ayant des intérêts dans la société à travers trois fonds qui possèdent presque 36% des parts.