Après la publication de SMS explosifs démontrant que la diplomatie américaine a bien fait pression sur le président ukrainien pour qu'il enquête sur son rival démocrate Joe Biden, Donald Trump s'est montré combatif vendredi, laissant planer le doute sur sa coopération avec le Congrès dans ses investigations.

Nouvelle journée, nouvelle escalade à Washington, qui vit désormais au rythme haletant de l'enquête des démocrates en vue de destituer le président américain.

"Je ne sais pas, cela dépendra des avocats", a-t-il déclaré à propos de l'envoi au Congrès de documents que lui réclament les démocrates. S'il ne s'y plie pas, l'opposition a menacé de le forcer à le faire par une injonction solennelle vendredi.

En plus du compte-à-rebours vers cette rare injonction, le milliardaire fait face aux dernières révélations apportées par des SMS de diplomates américains, rendus publics dans la nuit par les démocrates.

Donald Trump est sous la menace d'une mise en accusation ("impeachment") pour avoir demandé au président ukrainien Volodymyr Zelensky --lors d'un appel téléphonique le 25 juillet-- de l'aider à rassembler des informations compromettantes sur Joe Biden, bien placé pour l'affronter dans la présidentielle de 2020.

Les démocrates l'accusent d'avoir abusé de son pouvoir à des fins électorales personnelles. Ils le soupçonnent aussi d'avoir mis dans la balance une aide militaire destinée à l'Ukraine, qui avait été suspendue par la Maison Blanche cet été.

"Je me fiche de la campagne de Biden, mais pas de la corruption", a lancé vendredi Donald Trump, reprenant des accusations non étayées contre le fils de l'ancien vice-président américain.

- "Dingue de suspendre l'aide" -

Exprimant leurs "graves inquiétudes", les chefs des trois commissions de la Chambre des représentants, à majorité démocrate, qui mènent l'enquête en vue d'un "impeachment" ont publié des extraits de SMS échangés entre diplomates.

Dont un envoyé par Kurt Volker, l'ex-envoyé spécial des Etats-Unis pour l'Ukraine, peu avant l'appel entre les deux présidents au coeur de l'affaire ukrainienne.

"Le plus important, c'est que Zelensky dise qu'il aidera l'enquête", a-t-il écrit le 19 juillet au chargé d'affaires américain à Kiev, Bill Taylor, et à l'ambassadeur des Etats-Unis auprès de l'Union européenne Gordon Sondland.

Puis, plus explosif encore, car touchant au nerf des soupçons démocrates, M. Taylor, un diplomate de carrière, a écrit le 9 septembre à M. Sondland, un important donateur de la campagne Trump: "Comme je l'ai dit au téléphone, je trouve ça dingue de suspendre l'aide sécuritaire en échange d'un coup de main pour une campagne politique".

"Bill, je pense que vous avez tort concernant les intentions du président Trump. Le président a été très clair, pas de contrepartie, d'aucune sorte", répond, tranchant, M. Sondland. "Je suggère que nous arrêtions ces échanges par SMS".

Ces messages ont été publiés après l'audition à huis clos au Congrès, pendant plus de huit heures, de M. Volker, premier témoin-clé entendu dans l'enquête des démocrates.

Toujours à huis clos, c'était vendredi au tour de l'inspecteur général des services de renseignement, Michael Atkinson, d'être entendu par la commission du Renseignement.

C'est lui qui, en août, fut le premier à examiner le signalement transmis par un lanceur d'alerte membre de ses services pour alerter sur l'appel entre MM. Zelensky et Trump.

- "Epouvantable" -

Donald Trump, qui martèle depuis le début de l'affaire que son échange avec Volodymyr Zelensky n'avait rien de répréhensible, s'est encore défendu sur Twitter: "Le président ukrainien a clairement indiqué qu'il n'avait PAS été mis sous pression. Affaire classée!"

S'il a reconnu que la procédure de mise en accusation allait probablement aboutir à la Chambre des représentants --où les démocrates disposent d'une solide majorité--, il a aussi affirmé vendredi que l'opposition payerait "un lourd tribut dans les urnes", en 2020.

"Je ne pense pas que Biden va gagner" la primaire démocrate, a-t-il taclé, affirmant dans des mots durs que l'ancien vice-président avait été "sorti d'un tas d'ordures par Obama".

Rappelant, dans une menace à peine voilée, qu'il était extrêmement populaire au sein du parti, le milliardaire a profité de l'occasion pour appeler les républicains à faire bloc au Sénat, où ils sont majoritaires, car c'est là qu'aura lieu un éventuel "procès" si sa mise en accusation est votée à la chambre basse.

Pour l'instant, les républicains lui restent fidèles, quoique discrets dans cette explosive affaire. A l'exception de rares voix comme celle de l'ex-candidat à la présidentielle et détracteur régulier de M. Trump, Mitt Romney.

L'élu de l'Utah a jugé vendredi "épouvantable" que le président américain ait appelé Kiev puis Pékin, dans une déclaration publique jeudi, à enquêter sur Joe Biden.