Une attaque à l'arme blanche a fait deux blessés vendredi à Paris près des anciens locaux de Charlie Hebdo, en plein procès de l'attentat meurtrier qui avait visé l'hebdomadaire satirique en janvier 2015, et deux suspects ont été interpellés par la police.

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a été saisi d'une enquête pour "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", confiée à la brigade criminelle et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Les deux blessés font partie de l'agence Premières Lignes, dont l'immeuble se situe au 10, rue Nicolas Appert (XIe arrondissement), là où se trouvaient les anciens locaux de Charlie Hebdo. Ils avaient déjà été les témoins impuissants à l'attaque de janvier 2015.

"Cela s'est passé vers 11H45, un homme est arrivé et a attaqué avec un hachoir deux salariés qui fumaient devant l'immeuble, un homme et une femme", a déclaré à l'AFP Paul Moreira, fondateur et co-dirigeant de Premières Lignes. "L'homme et la femme ont été tous les deux très gravement blessés", a-t-il ajouté.

La rédaction de Charlie Hebdo fait l'objet de nouvelles menaces depuis que l'hebdomadaire a republié des caricatures de Mahomet le 2 septembre, à l'occasion de l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015, qui doit se tenir jusqu'au 10 novembre.

Depuis la vague d'attentats jihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France et qui a fait 258 morts, plusieurs ont été perpétrés à l'arme blanche, dont les attaques de la préfecture de police de Paris en octobre 2019 ou celle de Romans-sur-Isère en avril dernier.

Le Premier ministre Jean Castex, qui s'est rendu sur les lieux avec le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, a affirmé sa "volonté résolue, par tous les moyens, de lutter contre le terrorisme", précisant à propos des deux victimes que "leurs vies ne sont pas en danger, dieu merci"..

Un "auteur principal" a été interpellé par la police près de la place de la Bastille, a indiqué le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard. Une deuxième personne a été placé en garde à vue et des "vérifications" sont en cours sur ses "relations" avec le premier homme interpellé.

Le premier suspect est âgé de 18 ans et serait né au Pakistan, selon les premiers éléments de l'enquête, et le second est âgé de 33 ans, selon une source proche du dossier.

- "Odieuse attaque" -

"Toute l'équipe de Charlie apporte son soutien et sa solidarité à ses anciens voisins et confrères" de Première Ligne "et aux personnes touchées par cette odieuse attaque", a indiqué l'hebdomadaire satirique sur Twitter.

"On est choqués, très choqués. J'étais là le 7 janvier (2015). C'était au même endroit. J'ai eu l'impression de revivre la scène. Je n'ai pas de mots", a confié à l'AFP un journlaiste de Première Ligne.

De l'étranger, le président du Conseil européen Charles Michel et le Premier ministre italien Giuseppe Conte ont exprimé sur Twitter leur "solidarité avec le peuple français".

- Menaces -

Un large périmètre de sécurité a été établi autour du lieu de l'attaque. Un total de 125 écoles des IIIe, IVe et IXe arrondissements ont été confinées avant que les parents soient invités à partir de 15H00 à venir chercher leurs enfants, "les mesures de précaution étant levées", selon la préfecture de police.

Six stations de métro ont par ailleurs été fermées quelques heures au public par "mesure de sécurité", a indiqué la RATP. A 15H30, seule la station Richard-Lenoir, la plus proche de l'attaque, demeurait fermée.

Suspendu jeudi après le malaise d'un accusé, le procès des attentats de janvier 2015 a repris vendredi sans aucune mention par la cour d'assises spéciale de Paris de cette attaque, selon une journaliste de l'AFP.

L'attaque se déroule quelques jours après l'exfiltration de son domicile de la directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, Marika Bret, en raison de menaces jugées sérieuses.

Près d'une centaine de médias (journaux, magazines, chaînes de télévision et radios) ont publié en réaction mercredi une lettre ouverte appelant les Français à se mobiliser en faveur de la liberté d'expression.

"Aujourd'hui, en 2020, certains d'entre vous sont menacés de mort sur les réseaux sociaux quand ils exposent des opinions singulières. Des médias sont ouvertement désignés comme cibles par des organisations terroristes internationales", pouvait-on lire dans cette lettre intitulée "Ensemble, défendons la Liberté".

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi avaient attaqué la rédaction de Charlie Hebdo à l'arme de guerre, y assassinant 12 personnes, dont les dessinateurs historiques Cabu et Wolinski, avant de prendre la fuite.

Leur périple meurtrier avait pris fin dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) où ils s'étaient retranchés avant d'être tués dans un assaut du GIGN.