Musée du Louvre et Tour Eiffel fermés, manifestations, compétitions sportives et spectacles annulés: la France s'est mise progressivement à l'arrêt vendredi après l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes, nouvelle étape drastique pour tenter d'enrayer la propagation du coronavirus.

Des millions d'élèves ont vécu dans le même temps leur dernière journée d'école, avant des "vacances" forcées qui devraient durer plusieurs semaines.

"Nous allons faire passer (la) limite aux rassemblements de 100 personnes. L'idée c'est de faire en sorte que nous puissions ralentir la circulation du virus", a expliqué le Premier ministre Edouard Philippe sur TF1. Le seuil était précédemment fixé à 1.000 personnes.

"Cent personnes, ça veut dire évidemment des conséquences importantes pour les théâtres, pour les cinémas", a reconnu le chef du gouvernement, alors que l'OMS estime désormais que l'Europe est à l'"épicentre" de la pandémie.

Prenant acte, le Louvre a immédiatement annoncé sa fermeture "jusqu'à nouvel ordre", tout comme Versailles, où seul le parc restera ouvert. Le Printemps de Bourges qui avait rassemblé 200.000 festivaliers l'an dernier, a annulé sa prochaine édition.

A travers la France, les unes après les autres, les salles de spectacles annoncent la fermeture de leurs portes. Les annulations de festivals se multiplient et les sorties cinéma sont reportées sine die. Disneyland Paris est fermé jusqu'à fin mars.

Autres conséquences de l'épidémie: les marches pour le climat et contre les violences policières prévues samedi à Paris ont été annulées.

Le foot français s'est lui aussi mis à l'arrêt: la Ligue de football professionnel (LFP) a acté vendredi la suspension immédiate et "jusqu'à nouvel ordre" de la Ligue 1 et de la Ligue 2.

- Système D -

Si les mesures annoncées jeudi par Emmanuel Macron face à la "plus grave crise sanitaire depuis un siècle" marquent un tournant dans la gestion de la crise due à l'épidémie de coronavirus, les municipales, dont le premier tour a lieu dimanche, sont elles maintenues.

Édouard Philippe a assuré vendredi avoir "la conviction" qu'il est possible d'"organiser dans de bonnes conditions" le premier tour mais également le second le 22 mars.

Un peu plus tôt, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer avait indiqué que les crèches et établissements scolaires devraient rester fermés au moins jusqu'aux prochaines vacances scolaires, qui débutent le 4 avril dans certaines académies, dont celles d'Ile-de-France.

"Ce qui est assez certain, c'est qu'on va aller au moins jusqu'aux vacances de printemps qui commencent début avril", a-t-il dit, insistant aussi sur le fait que les élèves ne seront pas vraiment en vacances car ils devront travailler.

Tandis que des millions de parents se creusaient la tête pour tenter de concilier travail et garde d'enfants, entre congés, système D et télétravail, d'autres membres du gouvernement se sont attachés à rassurer les Français.

Les parents d'enfants de moins de 16 ans qui ne peuvent pas recourir au télétravail "ont droit automatiquement" à un arrêt maladie, sur demande de l'employeur, a indiqué sur Franceinfo la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, ajoutant que l’État prendrait en charge "intégralement" le chômage partiel demandé par les entreprises pénalisées.

Le tourisme, la restauration, l'événementiel et les transports sont particulièrement touchés. La direction d'Air France envisage la mise en place de mesures de chômage partiel et le gel des salaires des cadres supérieurs.

Les mesures économiques "coûteront des dizaines de milliards d'euros", a prévenu pour sa part le ministre des Finances, Bruno Le Maire. La Bourse de Paris a fini vendredi sur un maigre rebond (+1,83%) au lendemain d'une débâcle historique (chute de 12%).

- Plan blanc maximal -

Côté hôpitaux, le gouvernement a déclenché le "plan blanc maximal", ordonnant aux hôpitaux et cliniques d'annuler toute chirurgie non-urgente pour accueillir le maximum de malades du coronavirus, et ils disposeront pour cela de "tous les moyens financiers nécessaires".

Selon le dernier bilan officiel jeudi soir, 61 personnes sont décédées et 2.876 ont été contaminées.

Des "cellules éthiques de soutien" devraient être mises en place dans les hôpitaux pour aider les médecins obligés de choisir quels patients soigner en priorité si les services de réanimation étaient débordés par l'épidémie de coronavirus, recommande le Comité consultatif national d'éthique (CCNE).

"Nous sommes au début d'une épidémie d'un virus inconnu, je ne peux absolument pas vous affirmer les yeux dans les yeux aujourd'hui que je sais exactement quelle sera l'ampleur de l'épidémie", a reconnu vendredi sur Europe 1 le ministre de la Santé Oliver Véran, assurant que "toutes les mesures adaptées" étaient prises.

En plus des foyers déjà identifiés notamment dans le Morbihan, le Haut Rhin, l'Oise ou la Corse, un nouveau point de contamination a été détecté dans l'agglomération de Montpellier.

Mais la situation est aussi particulièrement tendue dans le Rhône, où deux établissements gériatriques ont enregistré deux décès chacun en 24 heures.