Musée du Louvre et Tour Eiffel fermés, manifestations, compétitions sportives et spectacles annulés, écoles et crèches fermées: la France se met progressivement à l’arrêt pour tenter d'enrayer la propagation du coronavirus qui a fait 79 morts et contaminé près de 3.700 personnes.

Le dernier bilan communiqué vendredi soir par le ministre de la Santé Olivier Véran a révélé près de 800 nouvelles contaminations et 18 décès supplémentaires en 24 heures, illustrant l'accélération tant redoutée par les autorités.

"Nous ne sommes qu'au début de l'épidémie, elle progresse, c'était attendu", a souligné vendredi soir le ministre de la Santé Olivier Véran. "Il est encore temps de modifier strictement et scrupuleusement nos comportements afin de nous protéger individuellement et collectivement".

Dans la journée, le Premier ministre a annoncé une "limite aux rassemblements de 100", contre 1.000 précédemment: "l'idée, c'est de faire en sorte que nous puissions ralentir la circulation du virus", a expliqué Edouard Philippe sur TF1.

"Cent personnes, ça veut dire évidemment des conséquences importantes pour les théâtres, pour les cinémas", a reconnu le chef du gouvernement, alors que l'OMS estime désormais que l'Europe est à l'"épicentre" de la pandémie.

Prenant acte, le Louvre a immédiatement annoncé sa fermeture "jusqu'à nouvel ordre", tout comme Versailles, où seul le parc restera ouvert. Le Printemps de Bourges, qui avait rassemblé 200.000 festivaliers l'an dernier, a annulé sa prochaine édition.

- Dérogation pour la garde d'enfants -

Les crèches ferment mais le ministre de la Santé a annoncé vendredi une dérogation pour les structures accueillant moins de dix enfants et pour les assistantes maternelles "qui le peuvent". Ces structures et ces nounous pourront continuer de recevoir les petits afin d'alléger le cauchemar logistique des parents.

Par ailleurs, les enfants de "personnels soignants essentiels" seront accueillis à partir de lundi par des enseignants dans les écoles --qui resteront fermées jusqu'aux prochaines vacances scolaires au moins, qui débutent le 4 avril en Ile-de-France, a indiqué le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer.

A travers la France, les unes après les autres, les salles de spectacles annoncent la fermeture de leurs portes. Les annulations de festivals se multiplient et les sorties cinéma sont reportées sine die. Disneyland Paris est fermé jusqu'à fin mars.

Le foot français s'est lui aussi mis à l'arrêt: la Ligue de football professionnel (LFP) a acté vendredi la suspension immédiate et "jusqu'à nouvel ordre" de la Ligue 1 et de la Ligue 2.

Si les mesures annoncées jeudi par Emmanuel Macron face à la "plus grave crise sanitaire depuis un siècle" marquent un tournant dans la gestion de la crise, les municipales, dont le premier tour a lieu dimanche, sont maintenues.

Édouard Philippe a exprimé "la conviction" qu'il est possible d'"organiser dans de bonnes conditions" le premier tour mais également le second le 22 mars.

Au plan pratique, les parents d'enfants de moins de 16 ans qui ne peuvent pas recourir au télétravail "ont droit automatiquement" à un arrêt maladie, sur demande de l'employeur, a indiqué sur Franceinfo la ministre du Travail Muriel Pénicaud: l’État prendra en charge "intégralement" le chômage partiel demandé par les entreprises pénalisées.

Le tourisme, la restauration, l'événementiel et les transports sont particulièrement touchés. La direction d'Air France envisage la mise en place de mesures de chômage partiel et le gel des salaires des cadres supérieurs.

- Plan blanc maximal -

Les mesures économiques "coûteront des dizaines de milliards d'euros", a prévenu pour sa part le ministre des Finances, Bruno Le Maire. La Bourse de Paris a fini vendredi sur un maigre rebond (+1,83%) au lendemain d'une débâcle historique (chute de 12%).

Dans les hôpitaux, le gouvernement a déclenché le "plan blanc maximal", ordonnant aux hôpitaux et cliniques d'annuler toute chirurgie non-urgente pour accueillir le maximum de malades du coronavirus; ils disposeront pour cela de "tous les moyens financiers nécessaires".

Des "cellules éthiques de soutien" devraient être mises en place dans les établissements pour aider les médecins obligés de choisir quels patients soigner en priorité si les services de réanimation étaient débordés par l'épidémie de coronavirus, selon les recommandations du Comité consultatif national d'éthique (CCNE).

"Nous sommes au début d'une épidémie d'un virus inconnu, je ne peux absolument pas vous affirmer les yeux dans les yeux aujourd'hui que je sais exactement quelle sera l'ampleur de l'épidémie", a reconnu vendredi sur Europe 1 Oliver Véran, assurant que "toutes les mesures adaptées" étaient prises.