Les enquêteurs cherchaient samedi à déterminer d'éventuelles implications ou complicités parmi les neuf personnes arrêtées au lendemain de la décapitation dans les Yvelines d'un enseignant qui avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves, un "attentat islamiste caractérisé", selon Emmanuel Macron, qui suscite effroi et la mobilisation à travers le pays.

Un hommage national sera rendu à ce professeur d'histoire-géographie, a annoncé samedi l'Elysée.

Sans attendre, plusieurs associations et syndicats ont appelé à des rassemblements dimanche à 15H à Paris et dans de nombreuses autres villes, notamment Marseille, Lille et Bordeaux. Dès samedi, plusieurs centaines de personnes se sont réunies à Nice ou à Rennes pour dénoncer un "acte de barbarie" et défendre "les valeurs de la démocratie".

L'assaillant, tué par la police après l'attaque, a été identifié comme Abdoullakh A., un Russe tchétchène de 18 ans, né à Moscou, a indiqué devant la presse le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard.

Le jeune homme était arrivé en France mineur, avec ses parents qui ont obtenu le statut de réfugiés il y a dix ans.

Vendredi vers 17H00, il a décapité un professeur d'histoire-géographie à proximité du collège où il enseignait dans un quartier calme de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), avant d'être abattu de neuf balles par des policiers à 200 mètres de là.

Connu pour des antécédents de droit commun mais pas des services de renseignements pour radicalisation, Adboullakh A. a fait des repérages vendredi après-midi près du collège, selon M. Ricard. Il était armé de deux couteaux, dont l'un de 35 cm de long utilisé pour décapiter la victime.

Un message adressé à Emmanuel Macron, "le dirigeant des infidèles", expliquant vouloir se venger de celui "qui a osé rabaisser Mouhammad" et la photo de sa victime décapitée ont été retrouvées stockées dans son téléphone. Ils avaient également été postés sur Twitter.

Ses parents, son grand-père et son petit frère ont été interpellés à Evreux (Eure) dans la nuit de vendredi à samedi. Cinq autres personnes ont également été arrêtées, dont un père d'élève du collège.

- "Obscurantisme" -

Cet homme, a confirmé le procureur Ricard, s'était indigné, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, que l'enseignant ait montré des caricatures de Mahomet "nu" pendant un cours dans la classe de 4e de sa fille. Il avait exigé le renvoi de la victime auprès de la principale du collège, accompagné d'un autre homme "connu des services de renseignement", a précisé le magistrat.

Présenté comme un militant islamiste actif, cet homme, Adhelhakim Sefrioui, fait partie des neuf personnes gardées à vue, selon une source proche du dossier.

M. Ricard n'a pour l'heure fait publiquement aucun lien entre ce père de famille, son entourage et l'assaillant.

Le père de famille avait aussi porté plainte contre le professeur la semaine dernière. L'enseignant avait en réponse porté plainte pour diffamation.

Selon Rodrigo Arenas, coprésident de la fédération de parents d'élèves FCPE, la victime avait "invité les élèves musulmans à sortir de la classe" avant de montrer, dans le cadre d'un cours sur la liberté d'expression, un dessin du prophète accroupi avec une étoile dessinée sur ses fesses et l'inscription "une étoile est née".

Trois autres personnes de l'entourage "non familial" de l'assaillant ont également été interpellées, selon une source judiciaire.

La décapitation de cet enseignant a provoqué une onde de choc. "Ils ne passeront pas. L'obscurantisme ne gagnera pas", a martelé dès vendredi soir Emmanuel Macron devant le collège du Bois d'Aulne.

Un Conseil de défense, présidé par le président de la République, doit se tenir durant le week-end, a-t-on appris de source proche de l'exécutif.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, a adressé ses "pensées" aux enseignants "en France et partout en Europe". "Sans eux, il n'y a pas de citoyens. Sans eux, il n'y a pas de démocratie".

- "Tellement violent" -

Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer a reçu dans la matinée, avec le Premier ministre Jean Castex, les syndicats d'enseignants à son ministère. Dans un message vidéo "à tous les enseignants" du pays, il leur a promis que l'Etat serait à leurs côtés pour les "protéger".

"Nos enseignants continueront à éveiller l'esprit critique des citoyens de la République, à les émanciper de tous les totalitarismes et de tous les obscurantismes", a martelé Jean Castex sur Twitter.

Samedi matin à Conflans-Sainte-Honorine, des roses blanches ont été déposées à l'entrée du collège de ce quartier pavillonnaire.

Le professeur, Samuel Paty, un quadragénaire père de famille connu pour son investissement auprès de ses élèves, était "très apprécié", a assuré Armelle, dont le fils de 13 ans fréquente le collège.

L'attentat a soulevé une vague d'indignation dans la classe politique, tous bords confondus.

"Face à ceux qui cherchent une raison à ce crime ignoble en évoquant les caricatures du prophète de l’Islam, nous réaffirmons que rien, absolument rien, ne saurait justifier l'assassinat d’un Homme", a réagi sur Twitter le Conseil français du culte musulman (CFCM).

Cette attaque survient trois semaines jour pour jour après l'attentat au hachoir perpétré par un jeune Pakistanais devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, qui a exprimé sur Twitter "son sentiment d'horreur et de révolte".

La vague d'attentats jihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France a fait 259 morts avec celle de ce professeur.

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