Les critiques s'intensifient en Allemagne, qui s'apprête à prolonger ses restrictions anti-Covid, contre la stratégie vaccinale jugée, jusqu'au sein du gouvernement, lente et trop dépendante de l'Union européenne.

Angela Merkel et les 16 Etats-régions devraient décider mardi d'étendre le confinement partiel en vigueur, probablement jusqu'au 31 janvier, alors que la campagne de vaccinations ne produira ses premiers effets qu'après l'hiver.

Les commerces --à l'exception des magasins d'alimentation--, restaurants, bars et lieux culturels devraient ainsi garder portes closes dans les semaines à venir. Les écoles elles aussi devraient rester majoritairement fermées.

Les périmètres de déplacement autorisé depuis son domicile pourraient aussi être limités, une mesure radicale en Allemagne.

Mais si une prolongation de ces restrictions semble faire consensus, la stratégie vaccinale est elle de plus en plus critiquée.

Plus de 264.000 personnes âgées et personnels soignants avaient ainsi reçu lundi une première dose du vaccin Pfizer-BioNTech.

- Efficacité non démontrée -

Si le rythme de vaccination est beaucoup plus rapide que nombre de voisins européens, des voix s'élèvent en Allemagne pour critiquer sa supposée lenteur.

Quelque 44% des Allemands ne seraient pas convaincus par la stratégie vaccinale, contre 40% de personnes confiantes selon un sondage Civey.

Le quotidien Bild, le plus lu d'Allemagne, mène ainsi une campagne contre le gouvernement, accusé d'avoir "trop compté sur l'Union européenne" pour s'approvisionner en vaccins, et de privilégier le seul produit Pfizer-BioNTech au détriment du vaccin Moderna.

La polémique s'envenime jusqu'au sein du gouvernement de Mme Merkel, à moins de dix mois des élections.

Le vice-chancelier et candidat social-démocrate Olaf Scholz a ainsi transmis à son collègue de la Santé, le conservateur Jens Spahn, une liste de questions sur la stratégie vaccinale.

"Pourquoi la Commission européenne a-t-elle commandé à l'avance si peu de doses de vaccin? Et pourquoi certaines parties des doses non réclamées par l'UE (...) n'ont-elles pas été commandées pour l'Allemagne?", demande notamment M. Scholz.

"Il est toujours juste de mon point de vue d'avoir pris et de prendre ce chemin européen", rétorque le ministre de la Santé, promettant un approvisionnement pour tous les Allemands d'ici l'été.

Plusieurs centres de vaccinations, dont celui de Hambourg, le plus grand d'Allemagne, entrent en action mardi.

Le gouvernement étudie aussi la possibilité d'étendre au maximum la période entre les deux injections pour permettre la vaccination de plus de patients avant la rupture des stocks.

Mais, a prévenu mardi le laboratoire BioNTech, l'efficacité maximale du vaccin n'est pas démontrée si la deuxième injection est retardée.

"L'efficacité et la sécurité du vaccin n'ont pas été évaluées pour d'autres calendriers de dosage" que les deux injections espacées de 21 jours appliquées lors de l'essai clinique, a expliqué l'entreprise allemande, qui a développé avec l'américain Pfizer le premier vaccin autorisé aux Etats-Unis et dans l'UE.

En froid ces derniers mois, notamment à cause de l'affaire Navalny, la Russie et l'Allemagne planchent aussi sur une éventuelle "production conjointe de vaccins", a fait savoir mardi le Kremlin.

- L'ex-RDA touchée -

Considérée comme une "bonne élève" européenne dans la gestion de la première vague épidémique, l'Allemagne a désormais toutes les peines à contenir le virus, en particulier dans des Länder d'ex-RDA.

Quelque 1,787 million de cas ont été au total recensés depuis le début de la pandémie, qui a fait plus de 35.000 morts. Et l'impact des départs en vacances et des réunions familiales n'est pas encore connu.

"Il y a peu de place pour des assouplissements", résume le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert.

La situation reste particulièrement critique en Saxe, Etat-région d'ex-RDA longtemps rétif aux restrictions dont le taux d'incidence atteignait lundi 323. D'autres régions d'Allemagne de l'Est, comme la Thuringe ou le Brandebourg sont aussi frappées de plein fouet.

Citée en exemple avant l'été, l'Allemagne, où a émergé une mouvance anti-masque mêlant réfractaires aux vaccins, adeptes des théories complotistes et militants d'extrême droite, n'est pas parvenue depuis septembre à prendre des mesures efficaces.

Angela Merkel, dont la popularité reste très élevée à moins d'un an de son départ de la chancellerie, n'a pas été en mesure d'imposer des mesures plus strictes à des régions inquiètes de la perte d'activité économique.