Les rues et les magasins en Iran devront rester vides et les citoyens seront "surveillés", ont annoncé vendredi les autorités iraniennes pour contrer le nouveau coronavirus, dont le bilan dépasse désormais les 500 morts dans ce pays, parmi les plus touchés.

Les forces de sécurité "vont commencer à vider les magasins, les rues et les routes, conformément à une décision prise à l'échelle nationale et applicable dans les prochaines 24 heures", a déclaré à la télévision d'Etat le général Mohammad Baghéri, chef d'état-major.

"Au cours des dix prochains jours, l'ensemble de la nation iranienne sera surveillée soit sur internet, soit par téléphone et si nécessaire, en personne", a affirmé le général.

"Et les personnes soupçonnées d'être malades seront identifiées", a-t-il ajouté.

Depuis l'annonce des premiers décès en février, les autorités iraniennes ont fermé les écoles, reporté des événements et découragé les voyages avant le congé du Nouvel An persan qui tombe cette année du 19 mars au 3 avril.

Malgré ces mesures, le nombre officiel de décès et d'infections a augmenté de façon exponentielle.

Le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a ordonné jeudi aux forces armées de mener la lutte contre l'épidémie en rassemblant leurs services et en intensifiant leurs efforts.

- "Bon côté de l'Histoire" -

Dans son dernier bilan, la République islamique a fait état vendredi de 85 morts supplémentaires, bilan journalier le plus élevé depuis le début de l'épidémie en Iran.

"A travers le pays, au moins 1.289 (nouvelles) personnes infectées ont été recensées", a annoncé le porte-parole du ministère de la Santé, Kianouche Jahanpour.

Avec 514 morts et 11.364 personnes contaminées au total, l'Iran est l'un des pays les plus touchés par la pandémie, après la Chine et l'Italie.

Plusieurs députés, responsables gouvernementaux, ou anciens officiels ont été touchés par la maladie, et certains en sont morts. Jeudi, Ali Akbar Velayati, principal conseiller du guide suprême iranien, a été placé en quarantaine, après avoir présenté de "légers symptômes".

Téhéran a annoncé jeudi avoir demandé de l'aide au Fonds monétaire international, le chef iranien de la diplomatie Mohammad Javad Zarif appelant sur Twitter l'organisme à "se tenir du bon côté de l'Histoire".

- "Faire plus" -

Dans une lettre adressée au secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, M. Zarif a également appelé à la fin des sanctions américaines, qui, selon lui, "sapent nos efforts pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 en Iran".

Depuis leur retrait unilatéral en mai 2018 de l'accord sur le nucléaire iranien, les Etats-Unis mènent une politique de "pression maximale" visant à paralyser les finances du gouvernement iranien, notamment en rétablissant de lourdes sanctions économiques.

Sur le papier, les médicaments et les équipements médicaux échappent aux sanctions de Washington mais, en réalité, ceux-ci sont soumis au blocus américain, les banques internationales préférant généralement refuser une transaction impliquant l'Iran plutôt que de courir le risque de s'exposer à des représailles américaines.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a salué jeudi les efforts de l'Iran pour contenir la maladie, à la suite d'une mission de cinq jours d'une délégation de l'OMS et d'experts en santé publique.

"Nous estimons que les stratégies et les priorités de l'Iran pour contrôler la (maladie) Covid-19 évoluent dans la bonne direction", a déclaré dans un communiqué transmis jeudi Richard Brennan, directeur régional des urgences de l'OMS.

"Mais il faut faire plus", a-t-il affirmé.

"Nous nous sommes mis d'accord sur des domaines prioritaires qui doivent passer à l'étape supérieure avec l'aide des autorités sanitaires, sur la base d'expériences en Chine et ailleurs", a-t-il ajouté.