Le procès pour corruption du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui devait s'ouvrir mardi, a été reporté de deux mois, sur fond de craintes de propagation du nouveau coronavirus.

En pleines tractations pour former un gouvernement après les élections du 2 mars, M. Netanyahu et son rival Benny Gantz se sont mutuellement accusés dimanche d'entraver la formation d'un cabinet d'urgence destiné à gérer la pandémie dans le pays où 200 cas de personnes contaminées ont été recensés jusque-là.

Pour tenter d'arrêter la propagation du virus, les rassemblements de plus de 10 personnes sont désormais interdits et tous les lieux de loisirs fermés, alors que des dizaines de milliers de personnes sont confinées chez elles.

Les activités des tribunaux sont elles limitées aux cas urgents.

"Au vu de la propagation du coronavirus et selon les instructions limitant le travail des tribunaux (...), nous avons décidé de reporter au 24 mai 2020 la première audience" du procès de M. Netanyahu, a annoncé le tribunal de Jérusalem.

Premier chef de gouvernement de l'histoire d'Israël à être mis en examen en cours de mandat, M. Netanyahu est inculpé pour corruption, malversation et abus de confiance dans trois affaires. Il clame son innocence et se dit victime d'une "chasse aux sorcières".

- "Urgence nationale" -

Au pouvoir sans discontinuer depuis une décennie, M. Netanyahu mène actuellement des discussions pour former un gouvernement.

Aux législatives, son parti de droite, le Likoud, a devancé la formation centriste "Bleu-Blanc" de M. Gantz, mais il lui manque trois voix pour atteindre le seuil de 61 députés, requis pour être chargé de former un gouvernement par le président Reuven Rivlin.

Celui-ci rencontre dimanche tous les chefs de partis élus au Parlement devant lui faire part de leur candidat favori.

Le Premier ministre sortant appelle depuis plusieurs jours à la formation d'un gouvernement d'urgence et d'union nationale sous sa direction, pour répondre à la crise du coronavirus.

"Face à la situation d'urgence nationale et mondiale, nous devons unir nos forces et mettre en place un gouvernement fort et stable qui peut adopter un budget et prendre des décisions difficiles", a-t-il affirmé dimanche dans un communiqué.

"Le gouvernement servira six mois et les ministères seront répartis de manière égale: le Premier ministre ne pourra pas démettre les ministres de 'Bleu-Blanc' et 'Bleu-Blanc' ne pourra pas destituer le Premier ministre", a-t-il proposé.

A l'issue des précédentes élections d'avril et septembre 2019, M. Gantz avait refusé d'entrer dans un gouvernement dirigé par M. Netanyahu à cause de son inculpation.

Si M. Gantz a accepté de "discuter de la mise en place d'un gouvernement d'urgence", il a depuis appelé M. Netanyahu à négocier directement avec lui plutôt que de passer par des intermédiaires.

"Celui qui veut l'union (...) n'envoie pas 'une proposition de (gouvernement) d'urgence-union' à la presse mais envoie son équipe de négociateurs pour discuter", a-t-il écrit sur Twitter.

"Arrêtez d'être dans le refus et le cynisme (...) et venez me rencontrer maintenant", a rétorqué M. Netanyahu. "Nous perdons du temps."

- Soutien des partis arabes -

S'il veut être désigné par le président, M. Gantz doit rallier des députés opposés à M. Netanyahu.

Il a obtenu le soutien de la "Liste unie" des partis de la minorité arabe israélienne (15 sièges), qui l'ont unanimement recommandé auprès de M. Rivlin.

Ce dernier devait encore rencontrer les représentants du parti Israël Beiteinou (droite nationaliste laïque), qui avec sept sièges pourrait faire pencher la balance en faveur de MM. Gantz ou Netanyahu.

Dans le passé, le chef d'Israël Beiteinou, Avigdor Lieberman, avait refusé de participer à un gouvernement soutenu par les partis arabes israéliens, et a appelé dimanche à la formation d'un cabinet composé uniquement de membres de "Bleu-Blanc" et du Likoud.

Reuven Rivlin a jusqu'à mardi pour désigner la personne chargée de former le prochain gouvernement.