Mohamed Daadaa, 60 ans, était parmi les premiers devant un bureau de vote du centre de Tunis dimanche matin pour les législatives -- et pourtant il a voté "sans aucun espoir d'un changement positif dans ce pays".

"Je n'ai confiance en personne et en aucun parti politique. La vie ne fait qu'empirer dans ce pays!", s'emporte-t-il.

Les Tunisiens élisent leurs 217 députés entre les deux tours de la présidentielle, et ce scrutin pourrait, comme le premier tour de la présidentielle du 15 septembre, balayer les partis classiques.

Signe visible de ce rejet: si les électeurs montraient fièrement leur doigt marqué d'encre lors des premières législatives post-révolution en 2011, dimanche la plupart essuyaient prestement cette empreinte électorale, a constaté l'AFP.

"Je suis venu voter par devoir pas plus"! lance Abdeljlil Frihi, frottant son doigt en pestant contre une classe politique qui a fait "couler" le pays.

Pour ce septuagénaire "après plusieurs d'années d'attente pour voir un changement, le désespoir a envahit les Tunisiens de tous âges".

Son avis est partagé par plusieurs électeurs qui vouent aux gémonies les dirigeants au pouvoir depuis la révolution en 2011, qui n'ont pas réussi à relancer l'économie et résorber la crise sociale.

"Rien ne plait dans ce pays, nous en sommes arrivés à ne plus pouvoir acheter des sardines", déplore Abdeljlil. Ce poisson bon marché très prisé par les ménages se vend 5 à 6 dinars (1,5 à 2 euros) le kilo, trois fois plus qu'en 2011.

Il est rapidement réduit au silence par un agent de l'instance chargée des élections, pour ne pas perturber le vote alors que d'autres électeurs se mettent à manifester leur colère contre toute la classe politique.

"On sent qu'il y a un vent de changement dans ce pays", appuie un électeur, Issa.

- faible affluence -

L'affluence était faible dimanche matin, a constaté l'AFP. Une observation confirmée par Mohamed Gafsi, président de bureau de vote de Rue de Russie à Tunis où plusieurs salles sont restées vides à l'ouverture du bureau.

"L'afflux des électeurs est modeste. La plupart sont âgés de plus de 45 ans avec une absence de jeunes et une faible participation des femmes" à ce stade, affirme-t-il à l'AFP.

"Les gens n'ont plus confiance dans les anciens partis, et ils ne connaissent pas les nouveaux donc ils ne sont pas motivés par ce scrutin", estime un jeune observateur de l'organisation tunisienne Mourakiboun, Ali Rekiki.

Malgré ce manque d'enthousiasme, Rebeh Hamdi garde, quant à elle, "une étincelle d'espoir pour un changement dans le pays avec l'arrivée de nouveaux visages". Elle espère "une amélioration de la situation économique et surtout sociale des Tunisiens qui ne peuvent plus supporter une vie de misère".

En tête de file comme elle l'était déjà pour la présidentielle, cette sexagénaire veut "qu'on en finisse avec les élections pour passer à l'action et à la construction".

Les législatives seront suivies par le second tour de la présidentielle qui sera disputé entre deux finalistes en rupture avec la classe politique dirigeante: l'universitaire rigoriste Kais Saied, et l'homme d'affaires Nabil Karoui, en détention préventive et sous le coup d'une enquête pour fraude fiscale et blanchiment.

"Même un excellent scénariste ne pourrait pas imaginer un scénario aussi complexe pour la Tunisie", ironise Fatma, 55 ans. "Nous attendons avec impatience le dernier épisode de cette série +La Tunisie et ses minables politiciens+".

"Il y aura des nouvelles têtes, mais bof!", conclut-elle, haussant les épaules sans grand espoir.

"Malgré tout, Il faut toujours voter puis réclamer des comptes!", lui lance un septuagénaire, refusant de céder au fatalisme.