Un énorme incendie s'est déclaré jeudi dans un entrepôt du port de Beyrouth, y touchant une aide humanitaire vitale et ravivant la colère des Libanais, encore sous le choc de l'explosion ayant meurtri leur capitale il y a cinq semaines.

Le feu avait baissé en intensité en soirée, mais il n'était toujours pas éteint après plusieurs heures d'opérations conjointes de la défense civile et des hélicoptères de l'armée.

Tout au long de l'après-midi le ciel de Beyrouth s'était recouvert d'une épaisse fumée noire.

Les flammes ont pris dans un entrepôt où étaient notamment stockés des bidons d'huile, a indiqué l'armée.

Selon des "informations préliminaires", des "réparations" étaient menées avec une scie électrique, dont les "étincelles" ont entraîné "le déclenchement d'un incendie", a affirmé de son côté dans un communiqué le ministre des Transports et des Travaux publics, Michel Najjar.

Jeudi soir, la Croix-Rouge internationale a annoncé qu'elle entreposait dans cet entrepôt "des milliers de colis alimentaires et un demi-million de litres d'huile".

"Notre opération humanitaire risque d'être sérieusement perturbée", a mis en garde sur Twitter le directeur régional pour le Proche et Moyen-Orient, Fabrizio Carboni.

Une aide d'autant plus cruciale que, dans un contexte économique déjà difficile, des quartiers entiers ont été ravagés et plusieurs centaines de milliers de personnes ont perdu leur maison, après l'explosion le 4 août d'une énorme quantité de nitrate d'ammonium stockée au port. Plus de 190 personnes ont péri et 6.500 ont été blessés.

Et tandis que les autorités ont été fustigées pour leur faible mobilisation face à ce drame, c'est surtout la société civile et des volontaires qui sont venus à la rescousse des populations sinistrées.

- "Rendre des comptes" -

L'explosion du 4 août était venue attiser la colère de la population, déjà exaspérée par une classe dirigeante quasi inchangée depuis des décennies, accusée de corruption et d'incompétence.

"Nous ne pouvons pas gérer un nouveau traumatisme", a réagi jeudi sur Twitter une internaute.

S'exprimant à l'ouverture d'une réunion du conseil supérieur de Défense, le président Michel Aoun a estimé que l'incendie de jeudi pourrait avoir été causé par un acte de "sabotage", "une erreur technique" ou "une négligence".

"La cause doit être connue le plus rapidement possible et les responsables doivent rendre des comptes", a-t-il dit.

Le parquet a ordonné l'ouverture d'une enquête.

Plus tôt, Haitham, un des employés de l'entrepôt sinistré, avait évoqué la thèse des réparations. "Il y avait des travaux de soudure en cours, puis les flammes se sont déclarées, on ne sait pas ce qui s'est passé", avait-il confié à l'AFP.

Il s'agit du deuxième incendie en quelques jours dans le port. Mercredi, des monticules de déchets, de bois et de pneus avaient déjà pris feu.

Des députés ont même dénoncé une tentative des autorités d'enterrer d'éventuelles preuves en lien avec le drame du 4 août. "Si le feu aujourd'hui a été provoqué, c'est indéniablement pour cacher quelque chose (...), empêcher les enquêteurs de procéder à des analyses et de recueillir davantage de preuves", a écrit Neemat Frem sur Twitter.

Les autorités rejettent toute enquête internationale sur l'explosion du 4 août.

- Sans précaution -

La présidence française a dit suivre "la situation de près". "Nous sommes évidemment prêts à répondre aux besoins si nécessaire", a précisé l'Elysée.

Les autorités avaient d'ailleurs été fustigées pour leur faible réaction face à la crise, et c'est la société civile et des volontaires qui étaient venus à la rescousse des populations sinistrées.

Le drame avait été provoqué par une importante quantité de nitrate d'ammonium stockée depuis plus de six ans "sans mesures de précaution", de l'aveu même des autorités. Quelque 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium avaient été initialement entreposées.

Les principaux dirigeants de l'Etat, en premier lieu le président Michel Aoun et le Premier ministre démissionnaire Hassan Diab, avaient été avertis des dangers que représentait cette cargaison. Face à l'indignation populaire, les dirigeants se sont rejeté la responsabilité.

Au total, près de 25 personnes ont été arrêtées après le 4 août, parmi lesquelles des hauts dirigeants de l'administration et de la sécurité du port.