Les Equatoriens votent dimanche lors d'élections générales qui devraient se jouer aux pôles, entre gauche et droite, avec en toile de fond l'imposante absence de l'ex-président Rafael Correa, figure du socialisme latino-américain, condamné pour corruption.

Dans un contexte de crise économique aggravée par la pandémie, 13,1 millions d'électeurs sont appelés à désigner le successeur de l'impopulaire président Lenin Moreno. Son mandat de quatre ans s'achève le 24 mai et il ne se représente pas.

Si 16 candidats, un record, sont en lice pour la présidentielle, deux sont donnés favoris: un jeune économiste et un ex-banquier.

Andrés Arauz, qui a fêté samedi ses 36 ans et se définissait initialement comme un "inconnu", a été adoubé par l'ancien président Correa (2007-2017). Il représente la coalition Union pour l'espérance (Unes, gauche).

A l'opposé, Guillermo Lasso, 65 ans, chef de l'opposition conservatrice, tente sa chance pour la troisième fois sous les couleurs du mouvement Créer des opportunités (Creo, droite). En 2017, face à un Lenin Moreno alors corréiste, il n'avait perdu que de deux points au second tour.

Les sondages sont interdits depuis dix jours, mais le dernier de l'institut Market ne les créditait respectivement que de 32% et 21% des intentions de vote.

Une élection au premier tour semble donc peu probable, le vainqueur devant engranger la moitié des voix plus une, ou au moins 40% avec dix points d'avance sur le suivant.

- Un indigène, candidat "surprise" -

L'avocat de gauche Yaku Perez, 51 ans, du parti indigène Pachakutik, pourrait déterminer un second tour prévu le 11 avril. Crédité de 12%, cet écologiste bénéficie de la popularité du soulèvement social de 2019.

La révolte, déclenchée par une hausse des prix des carburants dans le cadre d'une aide du Fonds monétaire international (FMI) et qui s'est soldée par 11 morts, 1.340 blessés, a fait vaciller le gouvernement.

Premier indigène candidat à la présidentielle depuis quinze ans, Perez est susceptible de générer une "surprise", unissant le vote des autochtones "à celui de la gauche non corréiste et d'autres secteurs comme les jeunes", a précisé à l'AFP le politologue Simon Pachano, de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso).

Les 13 autres candidats - dont Ximena Peña, seule femme de la présidentielle pour Alliance Pays (AP), parti au pouvoir affaibli par la lutte Moreno-Correa - n'atteignent pas les 4%, voire 1%.

L'Union européenne (UE), l'Organisation des états américains (OEA) et d'autres organismes ont déployé 260 observateurs.

A l'issue d'une campagne limitée par le covid-19, qui a fortement touché ce petit pays de 17,4 millions d'habitants, faisant plus de 15.000 morts, les électeurs doivent aussi désigner les 137 députés du parlement monocaméral.

Du fait de la fragmentation des forces politiques, le prochain gouvernement ne devrait pas y détenir de majorité.

- Divisions et risque d'abstention -

"Bien que se profile une tendance de corréisme et anti-corréisme (...) un pourcentage important de l'électorat cherche autre chose", précise l'analyste Karen Garzon Sherdek, invoquant la "dispersion de partis et de mouvements".

Selon cette politologue de l'Université internationale SEK, les Equatoriens, las des querelles politiciennes, veulent que le gouvernement gère plutôt "la pauvreté, le chômage, la corruption".

La crise suscite un fort mécontentement. Déjà affecté par la chute des cours du pétrole, principal produit d'exportation, l'Equateur a doublé sa dette, craint une décroissance de 8,9% en 2020 et la pandémie a causé plus de 6,4 milliards de dollars de pertes.

Les sondages présagent une forte abstention par crainte de la contagion. Le vote est obligatoire pour les 18-65 ans, mais certains pourraient préférer payer l'amende de 65 dollars que de se rendre aux urnes, ouvertes de 07h00 à 17h00 locales (12h00-22h00 GMT).

S'il est absent, le charismatique mais polémique Rafael Correa apparaît sur les affiches au côté d'Andrés Arauz, et jusque dans un message vidéo diffusé sur les écrans géants du dernier acte électoral de son dauphin jeudi.

Le chantre du "socialisme du XXIe siècle" a dû renoncer à briguer la vice-présidence, après avoir été condamné l'année dernière, par contumace, à huit ans de prison pour corruption.

Installé en Belgique, pays de son épouse, depuis son départ du pouvoir, il se dit "persécuté" par son ancien allié Lenin Moreno, qu'il qualifie de "traître" pour avoir renoué avec le patronat, les banques, les Etats-Unis et le FMI.

Mais Andrés Arauz a déjà annoncé son intention de promouvoir la révision des procédures judiciaires engagées contre son mentor, qu'il prendrait comme conseiller du gouvernement.

"S'ouvre la possibilité que Correa revienne facilement au pays", estime David Chavez, analyste de l'Université centrale, avertissant d'une éventuelle volonté de "vengeance" des corréistes.