Plusieurs milliers d'indigènes et de paysans équatoriens ont commencé à défiler mercredi dans les rues de Quito, capitale quadrillée par les forces de l'ordre, lors d'une grande manifestation contre la hausse du prix de l'essence décidée par le gouvernement.

Les manifestants, qui se rassemblent dans la capitale depuis lundi, se dirigeaient vers le centre historique, à deux kilomètres de là, théâtre de violents affrontements les jours précédents. Mardi, le Parlement avait brièvement été envahi.

Alors que le cortège principal progressait, femmes indigènes en tête armées de bâtons, un groupe d'étudiants et d'ouvriers a affronté la police à coups de pierres, et celle-ci a riposté en faisant usage de gaz lacrymogène, a constaté l'AFP.

"Nous voulons que ces mesures soient abolies pour que le peuple retrouve sa tranquillité", a déclaré à l'AFP César Garcia, 52 ans, un des dirigeants indigènes.

Depuis plusieurs jours, les indigènes, acteurs-clé de ce conflit, affluent vers la capitale depuis les différentes province du pays, à pied ou à bord de pick-up, poncho en laine sur les épaules, chapeau traditionnel en feutre sur la tête.

La capitale, où les cours ont été suspendus depuis plusieurs jours et où les transports publics se faisaient rares, tournait au ralenti.

En janvier 2000, de violentes manifestations indigènes auxquelles avaient participé les organisations indigènes dans un contexte de crise économique, avaient fait chuter le président Jamil Mahuad. Dans un passé récent, l'Equateur a connu une période d'instabilité, trois présidents ayant été renversés entre 1997 et 2005 à la suite de mouvements populaires.

Les incidents ont mis sous pression le gouvernement du président Lenin Moreno, un libéral de 66 ans arrivé au pouvoir sous la bannière socialiste. Il a ordonné mardi un couvre-feu nocturne autour des lieux de pouvoir.

M. Moreno, qui avait déplacé lundi le siège du gouvernement vers la capitale économique du pays, Guayaquil (sud-ouest), avait déjà proclamé l'état d'urgence pendant 60 jours afin que les forces armées puissent rétablir l'ordre. Le couvre-feu aura la même durée.

Dans une tentative de désamorcer la situation, le chef de l'Etat a ouvert mardi la porte à une médiation des Nations unies et de l'Eglise catholique.

- "Rapprochements" -

"Il y a eu des rapprochements et nous avons parlé avec certains dirigeants" des manifestants, a déclaré mardi Lenin Moreno.

En face, la Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (Conaie), principal organe représentatif des peuples autochtones du pays, a "décidé de poursuivre la mobilisation nationale contre les mesures économiques", selon son communiqué qui ne mentionne pas de contacts avec le gouvernement.

Le petit pays andin est secoué depuis début octobre par un mouvement social inédit depuis 2007, marqué par des blocages de routes et de puits pétroliers en Amazonie, des manifestations parfois violentes et des grèves.

Les pertes de production de l'entreprise d'Etat Petroamazonas s'élevaient mardi à 165.000 barils par jour, soit 31% des chiffres habituels, selon le ministère de l'Energie.

L'Equateur, qui a annoncé la semaine dernière son retrait de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), a extrait quelque 531.000 barils par jour de pétrole brut entre janvier et juillet cette année.

Lenin Moreno a accusé son prédécesseur Rafael Correa (2007-2017), ex-allié devenu son adversaire politique, d'avoir "activé" un "plan de déstabilisation" avec l'aide du président vénézuélien Nicolas Maduro.

"S'il est nécessaire que je sois candidat, je le serai", a déclaré M. Correa à la presse à Bruxelles, où il vit depuis qu'il a quitté le pouvoir en 2017 à l'issue de son troisième mandat.

L'ex-dirigeant socialiste ne pouvant se présenter à un quatrième mandat présidentiel depuis une récente réforme, il a dit envisager une candidature de vice-président.

L'ancien président équatorien, réclamé par la justice de son pays, a estimé que le gouvernement de Lenin Moreno tenterait "d'empêcher (s)a participation". "Que vont-ils inventer? Que je dois aller en prison".

La décision du président Moreno de supprimer des subventions des carburants d'un montant total de 1,3 milliard de dollars (l'économie équatorienne est dollarisée) est entrée en vigueur jeudi. En échange, l'Equateur peut accéder à des crédits d'un montant de 4,2 milliards de dollars du FMI.

Cela a entraîné des hausses des prix des carburants allant jusqu'à 123%. Le litre est ainsi passé en moyenne de 0,48 à 0,63 dollar, selon le site globlapetrolprices.com.