Le socialiste Andrés Arauz devrait affronter le conservateur Guillermo Lasso au second tour de l'élection présidentielle le 11 avril en Equateur, le dauphin de l'ex-président Rafael Correa criant cependant "victoire" avant même les premiers résultats partiels du scrutin de dimanche.

Selon des sondages de sorties des urnes, Arauz a obtenu entre 34,9% et 36,2% des voix et Lasso entre 21% et 21,7%.

Le Conseil national électoral (CNE) devait publier dans la soirée un premier décompte partiel de la présidentielle, organisée simultanément avec les législatives.

Pour l'emporter au premier tour, le vainqueur doit engranger la moitié des voix plus une, ou au moins 40% avec dix points d'avance sur le suivant.

La campagne a tourné autour de Correa, président de 2007 à 2017 et figure de la gauche latino-américaine, mais parti vivre en Belgique et qui a été depuis condamné pour corruption.

Son dauphin s'est déclaré vainqueur dès la fermeture des bureaux de vote. "Nous avons gagné! Triomphe écrasant dans toutes les régions de notre beau pays. Notre victoire est de 2 à 1 face au banquier", a tweeté Arauz, en appelant toutefois à attendre "les résultats officiels" publiés par le CNE.

- Duel gauche-droite annoncé -

Yaku Perez, leader indigène de gauche opposé au corréisme, était donné troisième avec entre 16,7% et 18% des suffrages, selon ces enquêtes des instituts Cedatos et Clima Social.

Dans un contexte de crise économique aggravée par la pandémie qui a sévèrement touché ce petit pays andin, 13,1 millions d'électeurs étaient appelés à désigner le successeur de l'impopulaire président Lenin Moreno, qui terminera le 24 mai son mandat de quatre ans.

Seize candidats, un record, étaient en lice. L'économiste Arauz, 36 ans, candidat de la coalition Union pour l'espérance (Unes, gauche), et l'ex-banquier Guillermo Lasso, 65 ans, de Créer des opportunités (Creo, droite), étaient donnés favoris loin devant les autres.

Lasso, qui appelle au "changement", tente sa chance pour la troisième fois, après avoir perdu de deux points en 2017 face à Moreno alors corréiste. Dans la journée, il s'est dit confiant dans sa "victoire", mais au second tour.

Selon les analystes, l'avocat Yaku Perez, 51 ans, candidat du parti indigène Pachakutik, pourrait peser dans la balance pour déterminer l'issue de la présidentielle.

Cet écologiste, de gauche mais opposé au corréisme, bénéficie de la popularité du soulèvement social de 2019. Déclenchée par une hausse des prix des carburants dans le cadre d'une aide du Fonds monétaire international (FMI), la révolte s'était soldée par 11 morts, 1.340 blessés et avait fait vaciller le gouvernement.

Il unit le vote des autochtones "à celui de la gauche non corréiste et d'autres secteurs comme les jeunes", selon le politologue Simon Pachano, de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso).

Parmi les 13 autres candidats, placés dans les sondages loin derrière les trois premiers, figurait une seule femme: Ximena Peña, candidate d'Alliance Pays (AP), parti au pouvoir affaibli par la lutte Moreno-Correa.

A l'issue d'une campagne limitée par le Covid-19, qui a fait plus de 15.000 morts dans ce pays de 17,4 millions d'habitants, les électeurs devaient aussi désigner les 137 députés du parlement monocaméral.

Du fait de la fragmentation des forces politiques, le prochain gouvernement ne devrait pas y détenir de majorité.

"Quel que soit le vainqueur, il aura un mandat fragile", devra "chercher des consensus", selon le politologue Esteban Nichols, de l'Université andine Simon Bolivar.

- Attente à cause du covid-19 -

La crise suscite un fort mécontentement. Déjà affecté par la chute des cours du pétrole, principal produit d'exportation, l'Equateur a doublé sa dette et craint une contraction de son économie de 8,9% en 2020.

Entre "corréisme et anti-corréisme (...) un pourcentage important de l'électorat cherche autre chose" pour gérer "la pauvreté, le chômage, la corruption", estime l'analyste Karen Garzon Sherdek, de l'Université internationale SEK.

"J'espère qu'enfin puisse être élu un président qui ne soit pas corrompu et qu'il y ait des changements", a déclaré à l'AFP Sebastian Amaguaya, maçon de 23 ans, alors qu'il patientait dans l'une des longues files s'étirant devant les bureaux de vote, du fait des mesures sanitaires contre le coronavirus.

"Je veux que Correa revienne. Avec lui, mon époux, mon gendre avaient du travail (...) Avec Arauz, tout va s'améliorer", affirmait pour sa part Rita Racines, femme au foyer de 54 ans.

Bien que grand absent du scrutin, le charismatique mais polémique Correa a été présent tout au long de la campagne, sur les affiches d'Arauz et jusque dans un message vidéo diffusé jeudi lors du dernier acte électoral de son dauphin.

Le chantre du "socialisme du XXIe siècle" a dû renoncer à briguer la vice-présidence après avoir été condamné l'année dernière à huit ans de prison pour corruption.

Installé au pays de son épouse belge depuis son départ du pouvoir, il se dit "persécuté" par Moreno, qu'il qualifie de "traître" pour avoir renoué avec le patronat, les banques, les Etats-Unis et le FMI.

Mais Arauz a déjà annoncé qu'il pousserait à la révision des procédures judiciaires engagées contre Correa, et que son mentor serait conseiller du gouvernement.