Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré lundi qu'il exigerait un cessez-le-feu en Syrie lors d'une rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine, accentuant par ailleurs la pression sur l'Europe qu'il a sommée de prendre "sa part du fardeau" des migrants.

Le chef de l'Etat turc se rendra jeudi à Moscou pour des discussions avec le président russe sur la Syrie, au moment où la situation est explosive dans la province d'Idleb (nord-ouest), avec des combats intenses et une catastrophe humanitaire.

Après des semaines d'escalade dans cette région, la Turquie a annoncé dimanche qu'elle avait lancé une offensive d'envergure contre le régime de Bachar al-Assad, soutenu par Moscou, abattant deux de ses avions et infligeant de lourdes pertes à ses troupes.

"Je vais aller à Moscou jeudi et discuter des développements (en Syrie) avec M. Poutine. J'espère qu'il prendra les mesures nécessaires comme un cessez-le-feu et que nous trouverons une solution à cette affaire", a affirmé M. Erdogan lors d'un discours à Ankara.

Afin d'obtenir davantage de soutien des Occidentaux sur le dossier syrien, la Turquie a annoncé la semaine dernière l'ouverture de ses frontières avec l'Europe pour laisser passer les migrants qui se trouvent sur son territoire.

Alors que cette mesure préoccupe l'Europe, qui redoute une crise migratoire similaire à celle de 2015, M. Erdogan a affirmé lundi que les frontières resteraient ouvertes.

"Après que nous avons ouvert les portes, les coups de téléphone se sont multipliés. Ils nous disent +fermez les portes+. Je leur ai dit: +C'est fait, c'est fini. Les portes sont désormais ouvertes. Maintenant, vous allez prendre votre part du fardeau+", a-t-il dit.

- "Grande importance" -

Alors que la rencontre entre MM. Erdogan et Poutine s'annonce tendue, le Kremlin a souligné lundi la "grande importance" de la coopération entre Ankara et Moscou en Syrie.

La Turquie appuie certains groupes rebelles et la Russie soutient le régime d'Assad. En dépit de leurs intérêts divergents, les deux pays ont renforcé leur partenariat ces dernières années.

Mais cette relation s'est dégradée depuis que le régime a lancé mi-décembre une offensive, appuyée par l'aviation russe, pour reprendre la province d'Idleb, dernier bastion rebelle et jihadiste en Syrie.

La semaine dernière, plus de 30 militaires turcs ont été tués dans des frappes aériennes attribuées par Ankara au régime.

En réponse, la Turquie a annoncé dimanche le lancement de l'opération "Bouclier du Printemps" et multiplié les frappes de drones contre les positions syriennes, infligeant de lourdes pertes aux troupes de Damas. Dimanche, les forces turques ont abattu deux avions du régime, des bombardiers Soukhoï SU-24 selon Ankara.

Au sol, les combats faisaient particulièrement rage autour de la ville stratégique de Saraqeb, qui a plusieurs fois changé de mains ces dernières semaines.

Selon l'agence de presse officielle syrienne SANA, les troupes du régime sont entrées lundi dans cette ville, appuyées par l'aviation russe.

L'offensive du régime à Idleb a provoqué une grave crise humanitaire, déplaçant près d'un million de personnes en direction de la frontière turque. Un exode inédit en aussi peu de temps depuis le début du conflit en Syrie qui, depuis 2011, a fait plus de 380.000 morts.

- Garçon noyé -

C'est précisément parce qu'elle refuse d'assumer seule un nouvel afflux de personnes et pour obtenir davantage d'aide occidentale que la Turquie a annoncé vendredi l'ouverture de ses frontières avec l'Europe.

Depuis plusieurs jours, des milliers de migrants se pressent à la frontière avec la Grèce, qui s'est barricadée et dont les forces de police ont eu recours aux grenades lacrymogènes et au canon à eau pour empêcher toute entrée.

Selon les autorités grecques, 1.300 demandeurs d'asile ont réussi à gagner les îles égéennes entre dimanche matin et lundi matin. Un petit garçon est mort lundi au large de Lesbos lors du naufrage d'une embarcation chargée d'une cinquantaine de migrants.

Cette situation inquiète l'Union européenne. M. Erdogan a affirmé lundi que des responsables européens lui avaient proposé de se réunir pour un sommet "à quatre ou cinq" pays.

Le chef de l'Etat turc doit recevoir lundi soir le Premier ministre bulgare Boïko Borissov, dont le pays est frontalier de la Turquie. Il a aussi déclaré qu'il aurait un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel.

Mme Merkel avait piloté, côté européen, les négociations qui avaient abouti en mars 2016 à un accord migratoire controversé avec la Turquie. Aux termes de ce pacte, Ankara s'engageait notamment à lutter contre les traversées illégales vers la Grèce en échange d'une aide financière.

La Turquie accueille sur son sol plus de quatre millions de réfugiés et migrants, en majorité des Syriens.