Deux personnes ont été abattues dans la nuit de mardi à mercredi dans la ville américaine de Kenosha, où un cocktail dangereux, mêlant émeutiers et groupes d'auto-défense, s'est formé à la suite d'une apparente nouvelle bavure policière contre un jeune homme noir.

Pour la troisième nuit consécutive, des manifestants ont défié le couvre-feu dans cette ville du nord des Etats-Unis pour demander l'arrestation des agents qui ont grièvement blessé Jacob Blake dimanche.

Comme les nuits précédentes, émaillées de violences et de destructions, la situation était extrêmement tendue, quand des coups de feu ont retenti peu avant minuit.

"Les tirs ont entraîné la mort de deux personnes et une troisième personne a été hospitalisée pour des blessures graves mais qui ne mettent pas sa vie en danger", a annoncé la police de Kenosha sur Twitter, sans donner davantage d'informations.

Le shérif du comté David Beth a déclaré au Milwaukee Journal Sentinel qu'un suspect avait été identifié sur des caméras de surveillance. "On devrait l'arrêter rapidement", a-t-il ajouté.

Selon lui, des hommes armés patrouillaient le secteur ces dernières nuits. "Ce sont comme des milices, des groupes d'auto-défense", a-t-il dit, sans préciser si le tireur appartenait à ces groupes.

Un même homme blanc armé d'un fusil d'assaut apparaît sur des vidéos mises en ligne par des témoins, sans que la chronologie soit claire.

Sur l'une, il semble s'enfuir alors qu'un jeune homme blanc s'écroule au sol, avec une balle dans la tête. Sur une autre, on le voit être poursuivi par un groupe, tomber à terre, se retourner l'arme à la main. Des tirs sont alors audibles.

Sur un troisième enregistrement, il passe près de véhicules de police, les mains en l'air, le fusil en bandoulière, sans être appréhendé.

- Pistolet à la ceinture -

La ville de Kenosha, 100.000 habitants environ sur le bord du lac Michigan, est secouée de convulsions depuis la diffusion d'une vidéo montrant Jacob Blake, 29 ans, blessé dimanche par des policiers dans un contexte encore flou.

Un agent semble lui avoir tiré dans le dos, alors qu'il tentait de s'assoir dans sa voiture où l'attendaient ses enfants. Il restera probablement paralysé à vie.

Face à cette apparente bavure, la ville s'est rapidement embrassée. Ni le déploiement de 250 membres de la garde nationale, ni l'imposition d'un couvre-feu n'ont ramené le calme.

Dans la nuit de mardi à mercredi, des affrontements ont notamment éclaté entre un groupe de manifestants lançant des pétards et des policiers ripostant avec des balles en caoutchouc. Un journaliste de l'AFP a été touché par une de ces balles en caoutchouc.

Dans un pays où 30% des adultes possèdent au moins une arme à feu, des habitants de la ville sont venus armés afin, ont-ils assuré, d'empêcher de nouvelles dégradations.

"Certains ne réalisent pas qu'en incendiant un bâtiment, vous mettez en danger la vie des pompiers et de quiconque pouvant se trouver à l'intérieur", a justifié Kevin Mathewson, pistolet à la ceinture et fusil d'assaut AR-15 en bandoulière.

- "Besoin de guérir" -

La colère a aussi gagné les rues de Minneapolis, où un autre Afro-Américain, George Floyd, a été asphyxié par un policier blanc le 25 mai, suscitant un mouvement historique de protestation contre le racisme.

Plus tôt mardi, la mère de Jacob Blake avait lancé un vibrant appel au calme. "Mon fils se bat pour sa vie", avait déclaré, émue, Julia Jackson lors d'une conférence de presse.

"Si Jacob savait ce qu'il se passait, la violence et la destruction, il serait très mécontent (...) Nous avons besoin de guérir", avait-elle ajouté.

"Le diagnostic médical pour le moment est qu'il est paralysé", a de son côté affirmé l'avocat de la famille de M. Blake, Ben Crump.

Les deux policiers impliqués ont été suspendus de leurs fonctions et une enquête a été ouverte, mais aucune interpellation n'a encore eu lieu.