Face à une rentrée scolaire principalement virtuelle en raison de la pandémie de Covid-19, de nombreux parents américains, qui en ont les moyens, misent sur un apprentissage au format "capsule" pour leurs enfants.

Ces "capsules" ("pods", en anglais) qui se développent un peu partout à travers le pays sont constituées de petits groupes d'enfants, souvent du même quartier, se réunissant dans les maisons des uns et des autres pour travailler avec un enseignant ou un tuteur qui est souvent présent physiquement, mais peut aussi intervenir par internet.

Pour certains élèves, les capsules, qui s'organisent de préférence en extérieur ou dans un garage, ont vocation à être à temps plein et suivent le programme scolaire, remplaçant ainsi l'école. Pour d'autres, il s'agit d'un complément à l'enseignement à distance adopté par de nombreuses écoles publiques dans les Etats américains où le taux de contamination au Covid-19 reste élevé.

"Ces capsules d'apprentissage existent parce que beaucoup de parents se sont rendu compte que leurs enfants avaient des difficultés avec l'enseignement en ligne", explique Pedro Noguera, doyen de l'école des sciences de l'éducation de l'université Southern California.

Si ce type d'enseignement n'est pas idéal, il offre une solution aux parents forcés de jongler entre la garde de leurs enfants et leur travail en temps de pandémie, souligne M. Noguera qui a placé sa fille de huit ans dans une "capsule" à temps plein.

Pour les enfants, en particulier les plus petits pas forcément capables de suivre des classes virtuelles, les capsules sont aussi un moyen de socialisation et une aide précieuse pour gérer le stress et l'incertitude liés à l'épidémie.

- 10.000 dollars pour un semestre -

"Mon enfant qui est en maternelle a eu son premier jour de classe aujourd'hui dans le garage d'un ami...et il a dit que c'était la meilleure des journées", raconte Mira Rocca, qui a trois enfants dans trois capsules d'apprentissage différentes.

"Je pense qu'avoir des interactions sociales avec d'autres camarades de leur âge est tellement plus important que ce qu'ils apprennent académiquement à ce stade", poursuit Mme Rocca, qui paie 1.300 dollars par mois pour ces cours venant compléter l'école virtuelle de ses enfants.

"C'est mon semestre d'école publique le plus cher jusqu'à présent", confie cette mère de famille à l'AFP, tout en jugeant que les bénéfices du dispositif justifient son coût.

Le concept connaît un fort engouement comme en témoigne Naomi Leight-Giveon, fondatrice de PodSkool, une entreprise aidant des parents à former des capsules dans la région de Los Angeles.

"Plus de 400 familles nous ont contactés à ce jour, sans qu'on n'ait fait aucune publicité", se réjouit-elle. "Et nous avons sélectionné des centaines de professeurs ces derniers mois pour les mettre en contact avec des parents".

Si experts et parents s'accordent sur l'utilisé de ces capsules en période de Covid-19, ils reconnaissent aussi que tout le monde n'a pas les moyens d'en faire bénéficier ses enfants.

"Ce que l'on voit, c'est que ceux qui ont de l'argent peuvent investir et payer des enseignants, à de bons tarifs, parfois plus élevés que ce que les professeurs gagnent en travaillant dans les écoles", pointe M. Noguera, qui débourse 10. 000 dollars ce semestre pour le "pod" de sa fille.

"Mais on voit aussi que les enfants défavorisés, ou même de la classe moyenne, sont livrés à eux-mêmes avec ce que l'école est en mesure de leur fournir", ajoute-t-il.

"Sur le principe, les capsules d'apprentissage semblent être une solution nécessaire à la crise actuelle", souligne Clara Totenberg Green, spécialiste de l'éducation pour les écoles publiques d'Atlanta, dans un article du New York Times.

"Mais en pratique, elles vont accentuer les inégalités, la ségrégation raciale et les écarts de réussite au sein des écoles", avertit-elle.

"Les enfants des parents qui ont les moyens de rejoindre des capsules vont très probablement revenir à l'école en étant plus avancés académiquement, alors que de nombreux enfants défavorisés auront du mal chez eux sans ordinateur ou sans une bonne connexion internet pour suivre l'enseignement à distance", conclut Mme Totenberg Green.