Un premier ministre a démissionné dimanche au Liban, où le gouvernement est confronté à la pression accrue d'une population accablée et furieuse, cinq jours après la gigantesque explosion de Beyrouth qui a fait au moins 158 morts et des milliers de blessés.

Dans le sillage de son déplacement jeudi dans la capitale libanaise sinistrée, le président français Emmanuel Macron a de son côté appelé à "agir vite et avec efficacité" pour que l'aide "aille très directement et en toute transparence à la population", lors d'une visioconférence internationale de soutien au Liban meurtri.

Face à l'ampleur du drame et l'ire de la population, qui réclame le départ depuis des mois de l'ensemble d'une classe dirigeante accusée de corruption, d'incompétence et de négligence, la ministre de l'Information, Manal Abdel Samad, a présenté sa démission.

"Je m'excuse auprès des Libanais, nous n'avons pu répondre à leurs attentes", a-t-elle déclaré devant la presse.

Selon des médias locaux, le Premier ministre Hassan Diab a lui rencontré plusieurs membres de son gouvernement et examine encore la situation avant de trancher sur une éventuelle démission collective de son cabinet.

La déflagration, d'une violence inouïe, a été causée mardi par 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium stockées depuis six ans au port de Beyrouth "sans mesures de précaution", de l'aveu même du Premier ministre Hassan Diab. Elle a provoqué un cratère de 43 mètres de profondeur, a indiqué dimanche une source de sécurité.

Alors qu'une vingtaine de personnes sont toujours portées disparues, les recherches se poursuivent dans les ruines du port ravagé.

L'armée libanaise a toutefois souligné dimanche qu'il y avait désormais peu d'espoir de retrouver des survivants.

Selon un dernier bilan officiel, toujours provisoire, 158 personnes ont été tuées et 6.000 blessées dans le drame.

Dans un pays déjà mis à genoux par une crise économique inédite aggravée par l'épidémie de Covid-19, des quartiers entiers de la capitale ont été dévastés par l'explosion. Et des centaines de milliers de Libanais se retrouvent sans abri, dormant parfois dans des maisons à moitié écroulées.

- Balais et pelles -

Cette tragédie illustrant l'incurie du pouvoir a revigoré la contestation inédite déclenchée fin 2019, qui s'était notamment essoufflée avec la pandémie de nouveau coronavirus.

Chômage, services publics en déliquescence, difficiles conditions de vie: un soulèvement avait éclaté le 17 octobre 2019 pour réclamer le départ de toute la classe politique quasi-inchangée depuis des décennies. La crise économique s'était encore aggravée au cours des mois suivants, malgré la formation d'un nouveau gouvernement.

Dimanche, sur l'emblématique place des Martyrs, des centaines d'hommes, femmes et enfants se sont à nouveau rassemblés, brandissant des drapeaux libanais, sur fond de chants patriotiques. Des tentes ont été installées pour distribuer du pain, de l'eau et des repas chauds.

Mais la mobilisation semble moindre, en début de soirée, que celle de la veille.

Samedi, des milliers de manifestants avaient brandi sur la même place des balais et pelles, à l'heure où la population doit elle-même mener les opérations de nettoyage, le gouvernement n'ayant pris selon elle aucune mesure.

Des groupes de protestataires avaient alors brièvement pris d'assaut les ministères des Affaires étrangères, de l'Economie, de l'Energie, ainsi que l'Association des banques.

D'autres avaient tenté de franchir les barrages protégeant le Parlement mais les forces de l'ordre les avaient bloqués avec du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc.

- "Contourner le gouvernement" -

Toujours samedi, dans un hôtel, un policier est mort d'une chute mortelle après avoir été agressé par des "émeutiers", selon la police.

Quelque 250 personnes au total ont été blessées dans les heurts, dont 65 hospitalisées et les autres soignées sur place, d'après la Croix-Rouge libanaise. Vingt personnes ont été interpellées, selon un comité d'avocats pour la défense des manifestants, qui a dénoncé la "violence excessive" des forces de l'ordre.

Pour Human Rights Watch (HRW), "au lieu de déployer l'armée pour aider les habitants à déblayer les décombres (...), les autorités ont choisi de la déployer contre les manifestants".

Elle a appelé les donateurs à "faire passer l'aide directement aux groupes travaillant sur le terrain et à contourner le gouvernement".

A la visioconférence internationale, avec la participation de l'Américain Donald Trump et d'une quinzaine de chefs d'Etat et de gouvernement, M. Macron a exhorté les autorités libanaises à "agir pour que le pays ne sombre pas" et réitéré une "offre d’assistance" pour "une enquête impartiale, crédible et indépendante" sur les causes de la catastrophe.