Explosion dans un sous-marin indien: la Russie prend ses distances

Publié le à Moscou (AFP)

La Russie, principal partenaire militaire de l'Inde, a pris ses distances mercredi après l'explosion mortelle survenue à bord d'un sous-marin indien construit en 1995 aux chantiers navals de Saint-Pétersbourg et réparé récemment près du cercle Arctique.

La déflagration est survenue dans la nuit de mardi à mercredi dans l'INS Sindhurakshak sur le chantier naval de Bombay où le submersible était à quai avec à son bord 18 marins qui n'ont depuis donné aucun signe de vie, tandis que la cause du drame reste à établir.

Quelques heures seulement après les faits, les chantiers navals russes de Zviezdotchka, dans la région d'Arkhangelsk (nord-ouest), où le bâtiment de 2.300 tonnes a été rénové puis remis à la Marine indienne en janvier, ont semblé décliner toute responsabilité.

"Les ingénieurs de +Zviezdotchka+ avaient réglé tous les problèmes", a déclaré un porte-parole de la société russe à l'agence de presse RIA Novosti, ajoutant que "quelques observations" avaient été faites au cours d'une inspection effectuée par des experts au port de Severodvinsk, dans la mer de Barents.

Ce porte-parole n'a pas précisé la nature de ces "observations", ajoutant qu'elles s'inscrivaient dans le cadre du "processus normal des travaux".

Mais il a insisté sur le fait qu'au moment de la signature de l'acte de remise du sous-marin à l'Inde, "aucune réclamation n'avait été faite".

Cet accident n'en reste pas moins un revers pour la Russie dont l'Inde est un partenaire- clé en matière de défense.

La Russie a construit depuis 1983 onze sous-marins du projet 877 EKM, comme l'INS Shindhurakshak (Kilo dans la classification de l'Otan), dont huit ont été livrés à l'Inde.

En 2010, les chantiers navals de Zviezdotchka ont signé un contrat avec New Delhi pour des réparations de routine et de modernisation de l'INS Shindhuraksahk, et l'ont remis à l'Inde en janvier dernier.

"Nous avons installé un nouveau système de missiles +Club+ et des systèmes de fabrication étrangère, y compris un système indien", a expliqué le responsable russe.

Un acte terroriste "pas exclu"

L'INS Shindhurakshak est sous garantie russe jusqu'en janvier 2014, et huit employés de la société Zviezdotchka sont actuellement au port de Bombay où le sous-marin a partiellement coulé.

Les chantiers navals russes se sont dits prêts à apporter "toute leur aide dans les investigations et la recherche des causes de l'accident".

Dans une autre déclaration qui pourrait indiquer que la Russie prend ses distances, une source militaro-diplomatique russe a affirmé qu'un acte terroriste n'était "pas exclu" à la veille de la fête nationale en Inde, le jour de l'Indépendance qui sera célébré le 15 août, sans fournir plus de détails.

L'expert russe Igor Korotchenko, directeur du Centre russe d'analyse du commerce international des armes, cité par RIA Novosti, estime que cet incident n'aura "pas d'impact négatif sur la coopération militaire russe avec l'Inde".

Des analystes observent que l'Inde est contrainte de poursuivre sa coopération militaire avec la Russie dans la mesure où elle exploite encore beaucoup d'avions et de bateaux de guerre datant de l'époque soviétique.

Les équipements militaires de fabrication russe représentent environ 70% de ce que ce pays, qui est aujourd'hui le plus grand importateur d'armes du monde, se procure dans ce domaine à l'étranger.

Si la Russie était jusqu'à peu le seul maître du jeu dans les ventes d'armes à l'Inde, la troisième puissance économique d'Asie s'est progressivement tournée vers d'autres fournisseurs, les relations entre les deux pays étant parfois tendues.

New Delhi s'était ainsi agacé de délais non respectés au sujet d'une commande passée en 2004 d'un porte-avions rénové de l'époque soviétique, l'Admiral Gorchkov (rebaptisé par l'Inde INS Vikramaditya), dont la livraison a été repoussée de plusieurs années.

Par ailleurs, la Russie a connu des accidents qui ont nui à son image de puissance militaire, notamment le naufrage du Koursk pendant des manoeuvres en mer de Barents en août 2000 (118 morts) et un incendie en 2008 à bord du sous-marin à propulsion nucléaire Nerpa (20 morts), livré par la suite à l'Inde.

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