Angela Merkel a commencé à faire le "ménage" au sein du son parti conservateur en poussant coup sur coup deux cadres vers la sortie suite au scandale national provoqué par une alliance entre élus de droite modérée et d'extrême droite.

Samedi, elle a annoncé avoir congédié un secrétaire d'Etat du ministère de l'Economie, également commissaire du gouvernent pour les territoires de l'est du pays, Christian Hirte, qui était depuis plusieurs jours sous le feu des critiques.

Il s'était ostensiblement félicité mercredi dans un message sur twitter de l'élection d'un nouveau dirigeant pour l'Etat régional de Thuringe grâce aux voix coalisées du parti démocrate-chrétien CDU de la chancelière allemande et de ceux du parti anti-migrants Alternative pour l'Allemagne (AfD).

- Renvoi -

"La chancelière a proposé aujourd'hui au président fédéral le renvoi du secrétaire d'Etat Christian Hirte", a indiqué sans prendre de gants dans un communiqué laconique le porte-parole de Mme Merkel, Steffen Seibert.

Christian Hirte est en outre un cadre du parti de Mme Merkel en Thuringe même, là d'où le scandale est arrivé, où il occupe la fonction de vice-président régional CDU.

Le partenaire social-démocrate des conservateurs de Mme Merkel au gouvernement à Berlin avait réclamé sa tête, estimant qu'il n'était "plus tenable". La chancelière devait trancher dans le vif sous peine de voir sa coalition, déjà très fragile, exploser.

Elle l'a fait peu avant une réunion prévue dans la journée de samedi au plus haut niveau de cette coalition convoquée à la demande des sociaux-démocrates, qui demandaient "une clarification" du positionnement des conservateurs à l'égard de l'extrême droite nationale.

Le vote de Thuringe a créé un séisme dans le pays car il a brisé un tabou politique de l'histoire allemande d'après-guerre: le refus de la droite modérée de toute alliance avec l'extrême droite.

Les élus de Thuringe se sont affranchis de cette consigne, un acte jugé "impardonnable" par Mme Merkel cette semaine. D'autant que la chancelière est la principale cible politique de l'AfD depuis des années, suite à sa décision de laisser entrer plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016.

- Années 1930? -

M. Hirte est la deuxième victime en deux jours de cette affaire au sein du parti de la chancelière: le chef de file des parlementaires CDU en Thuringe, Mike Möhring, a aussi annoncé vendredi qu'il quitterait prochainement, en mai, ses fonctions.

Il l'a fait sous la pression de sa direction nationale ulcérée. C'est lui qui avait supervisé le vote des élus CDU de Thuringe lors de l'élection mercredi du nouveau dirigeant régional.

Ce dernier, un élu du petit parti libéral FDP, Thomas Kemmerich, a entretemps aussi fait savoir, au vu de la polémique, qu'il abandonnerait prochainement son poste, ouvrant la voie à un nouveau scrutin.

La tempête politique venue de Thuringe a valu une avalanche de critiques à la chancelière et à la présidente de son parti, la ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée par ses initiales AKK.

Toutes deux se voient reprocher de ne plus tenir leur parti, tiraillé entre adversaires et partisans d'une alliance avec l'extrême-droite au niveau régional, notamment à l'est dans l'ex-RDA, où l'AfD est devenue une force politique majeure et rend de plus en plus compliquée la formation de majorité.

L'affaire a ranimé en Allemagne le souvenir des années 1930 et de l'arrivée au pouvoir du parti nazi, grâce notamment à des alliances avec la droite traditionnelle.

C'est en Thuringe même que le mouvement d'Adolf Hitler, le NSDAP, avait entamé sa course progressive vers le pouvoir.

De surcroît, l'AfD est dirigée dans cette région par l'aile la plus radicale du mouvement et son chef de file Björn Höcke, qui entend rompre avec la culture allemande de repentance pour les crimes du IIIème Reich.

L'hebdomadaire Der Spiegel parle samedi à propos de l'alliance de Thuringe d'un signe de "désintégration de la démocratie libérale" et ce "même si le pire a pu être évité".