Une "étape majeure" pour l'Europe: les dirigeants des 27 ont conclu mardi un accord historique sur un plan de relance post-coronavirus, basé pour la première fois sur une dette commune, après quatre jours d'un sommet marathon sous haute tension à Bruxelles.

Ce paquet, d'un montant total de 750 milliards d'euros, a été conclu au terme d'intenses négociations, au cours desquelles le président français Emmanuel Macron s'est mis en colère, le dirigeant hongrois a brandi la menace d'un veto et La Haye et Vienne ont longtemps résisté contre un plan trop généreux à leur goût.

Jusqu'ici en première ligne au niveau européen pour soutenir les économies, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a salué une "UE qui se rassemble et progresse". D'autres, comme Greta Thunberg, étaient moins enthousiastes. La jeune militante pour le climat a critiqué les "vagues objectifs environnementaux lointains et incomplets".

Pour le dirigeant français Emmanuel Macron, ardent défenseur du plan avec la chancelière Angela Merkel, "une étape majeure a été franchie". Il s'agit d'"une réponse à la plus grande crise de l'UE depuis sa création", a ajouté l'Allemande, dont le pays préside actuellement l'Union.

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a salué "un grand accord pour l'Europe", allant jusqu'à le qualifier de "vrai plan Marshall".

En termes de longueur, ce sommet de plus de 90 heures a failli battre, à 25 minutes près, le record historique de celui de Nice en 2000, consacré aux réformes des institutions européennes. Il avait duré presque 92 heures, si l'on prend en compte la conférence de cinq heures qui avait eu lieu entre les 15 membres de l'UE et les pays alors candidats à l'adhésion --principalement d'Europe de l'est--.

Si l'on tient compte uniquement des négociations entre les 15 pays formant l'UE alors (donc sans cette conférence préalable) le sommet de Nice avait duré 85 heures.

- Transfert de richesses -

Pour soutenir l'économie européenne, qui affronte une récession historique, le plan prévoit un fonds de 750 milliards d'euros, qui pourront être empruntés par la Commission sur les marchés. Il se compose notamment de 390 milliards de subventions, allouées aux Etats les plus frappés par la pandémie, une dette commune à rembourser par les 27.

Outre ces subventions, 360 milliards d'euros seront disponibles pour des prêts, remboursables par le pays demandeur.

Ce plan de relance est adossé au budget à long terme de l'UE (2021-2027), qui prévoit une dotation de 1.074 milliards d'euros, soit environ 154 milliards d'euros par an.

Cette émission de dette commune, une première, repose sur une proposition franco-allemande, qui suscitait une farouche opposition de la part des quatre pays dits "frugaux" (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède), rejoints ensuite par la Finlande.

A l'issue du sommet, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, chef de file de ce groupe, a affirmé que cet emprunt commun n'était pas le début d'une "Union des transferts" de richesses du nord au sud - ce dont il avait mis en garde avant les pourparlers.

"Il s'agit d'une opération ponctuelle, dont la nécessité est évidente compte tenu de la situation", a-t-il déclaré aux journalistes.

Les pays "frugaux" ont longtemps menacé de faire échouer ce plan massif de soutien à l'économie, qui profiterait avant tout aux pays du Sud, comme l'Italie et l'Espagne. Ces deux pays, les plus touchés par l'épidémie, sont jugés trop laxistes en matière budgétaire par leurs partenaires du Nord.

- Etat de droit -

Pour vaincre les réticences des frugaux, le président du Conseil européen, Charles Michel, médiateur du sommet, a dû revoir sa proposition initiale et leur fournir des gages.

Notamment en révisant à la baisse les 500 milliards de subventions prévus au départ et défendus par Berlin et Paris.

Mais aussi en augmentant de façon substantielle les rabais accordés à ces pays, qui jugent leurs contributions nettes au budget de l'UE disproportionnées. La correction accordée à l'Allemagne reste stable.

Autre question épineuse: le lien entre le respect de l'Etat de droit par les Etats membres et le versement de fonds européens.

Budapest et Varsovie, dont les gouvernements sont dans le collimateur de Bruxelles sur ce point, ont bataillé dur pour édulcorer ces dispositions. La formulation, assez floue dans le texte final a permis au dirigeant hongrois Viktor Orban d'affirmer qu'il avait remporté une "énorme victoire".

Le Parlement européen aura à se prononcer en décembre sur le budget à long terme lié au plan de relance. Une résolution non contraignante sur le plan est prévue jeudi.