Les Etats-Unis ont imposé une pression déterminante sur le Rwanda pour qu'il lâche la rébellion du M23 dans l'est de la République démocratique du Congo, la diplomatie américaine cherchant à s'impliquer pour régler les conflits de l'Afrique des Grands lacs.

Washington avait déjà mis fin à son idylle avec Kigali à l'été 2012, en gelant sa modeste assistance militaire annuelle de 200.000 dollars, puis en annonçant il y a un mois des sanctions concernant la formation d'officiers rwandais en 2014. Une prise de distance des Américains à l'égard de leur allié pour pousser le régime du président Paul Kagame à couper totalement les ponts avec les mutins congolais tutsi du M23, qui ont cessé en début de semaine leur insurrection dans l'est de la RDC.

"Il est clair que les Etats-Unis ont joué en coulisses pour faire monter la pression sur le Rwanda", décrypte Richard Downie, du Center for Strategic and International Studies (CSIS) de Washington. L'expert en veut pour preuves "l'assistance transfrontalière du Rwanda (au M23) qui était significative encore très récemment et qui s'est réduite comme une peau de chagrin ces dernières semaines" jusqu'à la très rapide débandade du puissant groupe rebelle.

Soutiens depuis près de 20 ans du régime rwandais tutsi du président Kagame -- qui avait pris le pouvoir et mis fin en juillet 1994 au génocide perpétré par un régime extrémiste hutu -- les Etats-Unis "ont progressivement réalisé quel était le rôle néfaste du Rwanda concernant la RDC", pointe M. Downie.

De fait, après l'avoir longtemps passé sous silence, Washington s'est rallié ces derniers mois à la thèse de l'ONU et de la RDC accusant Kigali -- et aussi l'Ouganda -- d'avoir appuyé militairement le M23 dans la région congolaise du Nord-Kivu. Ces deux pays nient farouchement.

L'envoyé spécial du gouvernement américain pour les Grand lacs, Russ Feingold, un ancien sénateur démocrate et expert de la région, a rappelé mercredi que les sanctions prises en octobre contre Kigali étaient motivées par "l'enrôlement d'enfants soldats pour le M23 et l'implication du Rwanda là-dedans".

Ces mesures vexatoires pourraient toutefois être levées s'il s'avère que Kigali a bien totalement coupé ses amarres avec les insurgés, a précisé le responsable.

Une des premières priorités de la politique étrangère d'Obama

M. Feingold n'a pas caché que le retrait de l'aide rwandaise au M23 était en partie lié aux interventions discrètes de la diplomatie américaine, en particulier "des appels téléphoniques utiles du secrétaire d'Etat (John) Kerry (...) à tous les dirigeants de la région", notamment au chef de l'Etat rwandais.

Sans confirmer la date de la dernière conversation entre MM. Kerry et Kagame, un responsable du département d'Etat a précisé à l'AFP que "le secrétaire d'Etat John Kerry et d'autres responsables (avaient) régulièrement exprimé nos inquiétudes auprès de plusieurs dirigeants de la région, dont le président Kagame, à propos du soutien aux groupes armés tels que le M23".

L'émissaire Feingold y voit plus largement un "niveau d'engagement probablement sans précédent pour les Etats-Unis" dans les Grands lacs, une région qui serait même devenue "une des premières priorités de la politique (étrangère) du président (Barack) Obama et du secrétaire d'Etat Kerry".

M. Feingold s'est ainsi targué de sa propre nomination en juillet à ce poste "à plein temps" -- à l'instar de ses homologues de l'ONU Mary Robinson et de l'Union européenne Koen Vervaeke -- et de "la forte implication des Etats-Unis" pour boucler des négociations de paix régionales qui traînent depuis onze mois à Kampala.

Après près de 20 ans de guerres dans la région qui ont fait cinq à six millions de morts selon des estimations américaines, M. Downie pense aussi que les "Etats-Unis sont motivés par des raisons humanitaires et par le désir sincère de résoudre le conflit" de l'Afrique des Grands lacs. Mais "c'est un conflit chronique au long cours et, en aucune manière, on est au bout du chemin", prévient l'expert du CSIS.