Les stars du foot dans l'engrenage d'un calendrier 2020 bouleversé: l'attaquant du Paris SG Kylian Mbappé, forfait contre Leipzig mercredi en Ligue des champions, est la dernière victime en date d'une cascade de blessures musculaires dans les grands clubs, soumis à des cadences intenses.

Mbappé (ischio-jambiers), Neymar (adducteurs), Marco Verratti (quadriceps), Julian Draxler (ischio-jambiers)... Quatre joueurs du PSG sont absents mercredi en raison d'une blessure musculaire.

Le résultat, selon l'entraîneur Thomas Tuchel, d'un calendrier chamboulé par la pandémie de Covid-19 et surchargé, les championnats ayant repris plus tard qu'à l'accoutumée.

"On va tuer les joueurs", a lâché l'Allemand. "A chaque match, on perd un joueur en ce moment", relevait-il avant d'affronter Nantes... et de perdre Mbappé.

Depuis sa reprise le 10 septembre, à peine 18 jours après la finale de Ligue des champions perdue à Lisbonne, le PSG a déjà disputé 12 rencontres, plus trois rendez-vous en sélection pour ses internationaux. Soit un match tous les 3,6 jours en moyenne.

"Dans mon esprit, et nous sommes plusieurs à le ressentir, ce n'est pas une nouvelle saison", a témoigné Mbappé, avant même sa blessure. "Pour moi, on est au 60e match de la saison."

- "Machine à laver" -

Et les absences peuvent être un engrenage. Elles obligent à solliciter davantage les joueurs sur pied, ce qui les fragilise.

"J'appelle ça une machine à laver. Vous jouez, et vous ne pouvez plus l'arrêter. C'est un cercle vicieux et vous ne pouvez rien faire", explique à l'AFP Nicolas Dyon, préparateur physique passé par plusieurs clubs français.

Concernant le PSG, "les deux points centraux, c'est: préparation d'avant-saison tronquée, un drame pour une équipe professionnelle; et en période de compétition, la difficulté à planifier des exercices de prévention" des blessures, détaille-t-il, des séances éprouvantes à court terme, et donc impossibles à planifier pour un club jouant deux fois par semaine.

Les autres clubs français qualifiés pour des coupes d'Europe (Marseille, Rennes, Nice, Lille) sont plus épargnés car ils ont eu le temps, pointe Nicolas Dyon, de faire une préparation physique "plus importante que d'habitude, 8 à 9 semaines", après le confinement du printemps.

En revanche, dans les autres championnats européens où la saison 2019-2020 est allée à son terme en juin-juillet, au pas de course, les blessures aussi sont légion.

En Premier League, le site spécialisé PremierInjuries a dénombré 78 blessures musculaires au cours des cinq premières semaines de compétition, soit une hausse de 42% par rapport à la saison précédente. Tous les gros clubs ont été touchés, Liverpool avec Fabinho, Manchester City avec Kevin de Bruyne (blessé en sélection) ou Leicester avec Jamie Vardy.

Et le refus, notamment venu des petits clubs, de maintenir les cinq changements par match pour revenir à trois, a suscité une levée de boucliers. "Je n'arrive pas à croire qu'on ait voté contre, parce qu'on doit prendre soin des joueurs", a déploré l'entraîneur de Manchester United Ole Gunnar Solskjaer.

- "Saison encore plus anormale" -

En Espagne, le nombre de blessures a aussi augmenté par rapport à la saison dernière, d'environ 30%, a assuré au quotidien espagnol ABC, mi-octobre, le Dr. Pedro Luis Ripoll, médecin de plusieurs footballeurs professionnels.

"Tout le monde connaît l'ampleur du désastre", s'est désolé l'entraîneur de Séville Julen Lopetegui. "Jusqu'à la 60e minute on est bien, mais ensuite on accuse le coup."

L'engrenage des blessures musculaires a notamment happé Villarreal, qui dispute la Ligue Europa, et a déjà été privé de six joueurs cette saison. Et la saison s'annonce longue jusqu'à son dénouement en mai, avant, pour certains, de jouer les prolongations à l'Euro ou à la Copa America l'été prochain.

En Italie aussi les pépins physiques se sont multipliés depuis une dizaine de jours, mais seule l'Inter Milan est montée au créneau après la blessure (adducteurs) de Romelu Lukaku, forfait contre le Real Madrid mardi soir.

"Il faut essayer de limiter les matches, parce que sinon, on aura du mal à gérer les équipes jusqu'à la fin de la saison", a déploré l'administrateur délégué des Nerazzurri Giuseppe Marotta. "Une saison anormale s'est terminée, mais celle-ci est encore plus anormale."