Une fuite de gaz dans une usine de polystyrène du sud-est de l'Inde a tué jeudi onze personnes et affecté un millier d'autres, selon le dernier bilan officiel, laissant dans son sillage des scènes terribles de personnes gisant inconscientes dans les rues.

La fuite de styrène s'est produite au cœur de la nuit, vers 02H30 locales (mercredi 21H00 GMT), dans une usine de LG Polymers, filiale indienne de l'entreprise sud-coréenne LG Chemicals. Celle-ci est implantée en bordure de la ville industrielle et portuaire de Visakhapatnam, dans l'État d'Andhra Pradesh.

Des images prises sur place montraient des corps inanimés, d'hommes ou d'animaux, allongés dans la rue ou sur un bord de trottoir. Sur certaines vidéos, des personnes toussaient et vomissaient par terre.

"C'était la confusion et la panique. Les gens n'arrivaient pas à respirer, ils haletaient pour aspirer de l'air. Ceux qui essayaient de s'échapper s'effondraient dans les rues", a décrit à des journalistes Kumar Reddy, un témoin de la scène.

En début d'après-midi, le bilan provisoire était de onze morts et d'un millier de personnes exposées, a annoncé l'autorité nationale de gestion des catastrophes lors d'une conférence de presse. Les officiels ont indiqué que la situation à l'usine était sous contrôle et qu'une enquête était en cours pour déterminer les causes de la fuite et la quantité de gaz relâchée.

"Nous avons des centaines de patients dans différents hôpitaux publics ou privés. C'est une calamité", a déclaré à l'AFP B K Naik, coordinateur des hôpitaux du district.

Les autorités ont évacué les habitants dans un rayon de trois kilomètres autour de l'usine. Équipés de masques à gaz et de bouteilles d'oxygène, des secouristes fouillaient dans la matinée les maisons une par une à la recherche d'éventuelles victimes.

Le styrène est un composé organique toxique utilisé notamment pour la fabrication de polystyrènes, dont LG Polymers India se présente comme l'un des principaux producteurs du pays de 1,3 milliard d'habitants. Une forte exposition peut entraîner des syndromes de détresse respiratoire aiguë et le coma.

Le gaz s'est échappé de deux grands réservoirs non utilisés en raison du ralentissement de l'activité dû au confinement national, selon une responsable de la police locale.

L'Inde est appelée au confinement à la maison depuis fin mars pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus et de larges pans de son économie tournent au ralenti, voire sont complètement à l'arrêt.

Le gaz "avait été laissé là à cause du confinement. Cela a mené à une réaction chimique et de la chaleur est apparue dans les réservoirs, et le gaz a fui à cause de cela", a affirmé à l'AFP Swaroop Rani, une responsable de la police.

- "Les yeux nous brûlaient" -

"C'était une situation terrible", a raconté à l'AFP AK Tiwari, un secouriste de l'autorité nationale de gestion des catastrophes dépêché sur place.

"Nous avons vu des gens inconscients dans les rues. Pas seulement des gens, il y avait des animaux et même des oiseaux gisant inanimés sur la route", a-t-il décrit. Les sauveteurs ont dû forcer la porte de certaines maisons pour en sortir des gens ayant perdu connaissance.

"L'effet du gaz était toujours très fort ce matin (...) Même avec notre équipement de protection, la peau nous démangeait et les yeux nous brûlaient."

En fin de matinée, les opérations d'évacuation étaient presque terminées, ont rapporté les autorités locales.

Des brumisateurs étaient utilisés pour diffuser de l'eau dans la zone où le gaz s'est répandu. La municipalité a appelé les habitants à ne pas ingérer de nourritures ou d'eau qui n'étaient pas recouvertes, et à consommer du lait, des bananes et du sucre non raffiné pour atténuer les effets toxiques.

Pour de nombreux Indiens, cette fuite réveille de sinistres souvenirs.

Le pays d'Asie du Sud a été le théâtre en décembre 1984 d'un des pires accidents industriels de l'Histoire, lorsque 40 tonnes de gaz s'étaient échappées d'une usine de pesticides de la ville de Bhopal (centre).

Quelque 3.500 personnes avaient péri en quelques jours, principalement dans des bidonvilles situés autour de cette usine de l'entreprise américaine Union Carbide, et des milliers d'autres dans les années et décennies qui ont suivi.

burs-amd/cac