Fusillades: les communautés hispaniques se sentent visées et accusent Trump

Publié le à El Paso (Etats-Unis) (AFP)

Les membres des communautés hispaniques aux Etats-Unis se sentaient menacés après la fusillade meurtrière survenue samedi à El Paso, au Texas, accusant Donald Trump de porter une lourde responsabilité dans la recrudescence des actes violents motivés par la haine.

"La rhétorique du président a attisé les flammes de la discorde dans ce pays", a déclaré à l'AFP Angelica Salas, directrice de la Coalition pour les droits des migrants, basée à Los Angeles, faisant écho à de nombreuses autres organisations représentant les migrants ou Américains d'origine sud-américaine.

Le gouvernement mexicain a quant à lui qualifié le massacre d'El Paso d'"acte de terrorisme contre les Mexicains", par la voix de son chef de la diplomatie Marcelo Ebrard, en visite dans la ville texane.

La population d'El Paso, située à la frontière avec le Mexique, est à forte majorité d'origine latino-américaine. Un homme blanc de 21 ans y a ouvert le feu samedi avec un fusil d'assaut dans un centre commercial bondé, tuant 22 personnes et faisant de nombreux blessés.

Pour les communautés hispaniques, il ne s'agit pas d'une fusillade comme celles endeuillant régulièrement les Etats-Unis: le tireur, vraisemblablement un "suprémaciste" --extrémiste nationaliste prônant la supériorité des Blancs--, est soupçonné d'avoir agi par haine des migrants pour stopper ce qu'il a décrit comme "une invasion hispanique au Texas".

Il a parcouru plus d'un millier de kilomètres pour venir commettre son crime dans un magasin connu pour être très fréquenté par les Mexicains. Au moins huit d'entre eux ont péri dans le massacre.

Pour Dominique Diaz, habitant d'El Paso âgé de 54 ans rencontré par l'AFP lors d'une veillée à la mémoire des victimes de la tuerie, le tireur a délibérément visé les latino-américains.

Patrick Crusius, en détention depuis qu'il s'est rendu à la police après la fusillade, "a décidé de venir ici, dans la partie la plus peuplée d'El Paso et probablement la plus hispanique aussi", pour frapper dans un hypermarché populaire en plein lancement des ventes pour la rentrée des classes, relève M. Diaz.

"Cet atroce acte de violence est une déclaration de guerre contre notre communauté", estime quant à lui Pablo Alvarado, responsable du syndicat national des travailleurs journaliers.

"Avant, nous étions des boucs émissaires, maintenant nous sommes devenus la cible de ce genre de violences racistes insensées", déplore-t-il.

- "Feu vert" aux suprémacistes -

Outre El Paso, deux autres fusillades importantes ont frappé les Etats-Unis en moins d'une semaine. Neuf personnes ont été tuées et de nombreuses autres blessés à Dayton, dans l'Ohio, quelques heures après la tuerie texane. Les enquêteurs n'ont pas encore déterminé les motifs du crime.

Et le 28 juillet, c'est une fête agricole qui a été prise pour cible par un jeune de 19 ans en Californie. Le tireur, qui avait publié des déclarations racistes sur les réseaux sociaux, s'est suicidé après avoir tué trois personnes, dont deux enfants.

Selon Luz Gallegos, responsable du TODEC, une organisation de défense des migrants en Californie du Sud, ces fusillades ont créé un sentiment d'angoisse chez les latino-américains, qui ne se sentent plus en sécurité.

"Le président (Trump) a changé la loi et aiguillonné les organisations de suprémacistes blancs (...) Il leur a donné le feu vert pour exprimer leur haine", estime Mme Gallegos.

Elle assure que les discours et actes racistes visant les Hispaniques, citoyens américains ou migrants, n'ont cessé d'augmenter depuis l'élection de Donald Trump en 2016, qui a fait campagne en usant d'une rhétorique très dure contre les Mexicains, qu'il a notamment qualifiés de "violeurs".

"Il ne fait aucun doute que de plus en plus de gens se sentent autorisés à dire les pires choses sur les gens de couleur ou tous ceux qu'ils considèrent comme différents depuis que ce président est entré en fonction", abonde Angelica Salas, pour qui le milliardaire républicain a pour stratégie politique de dresser les communautés les unes contre les autres.

Donald Trump, régulièrement critiqué pour ses remarques répétées contre les immigrés et qui avait par le passé exprimé une certaine forme d'indulgence envers les militants d'extrême droite, a lundi explicitement condamné le "racisme", le "suprémacisme blanc" et le "sectarisme".

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