Figure emblématique des catholiques nord-irlandais, le président du Sinn Fein, Gerry Adams, en garde à vue à propos d'un meurtre de l'IRA, est un politique redoutable, longtemps haï en Grande-Bretagne mais artisan majeur du processus de paix dans la province.

De grande taille, la barbe soignée désormais poivre et sel et le regard vif derrière ses lunettes, cet homme de 65 ans est un personnage aussi célèbre que controversé sur la scène politique nord-irlandaise.

Honni des protestants loyalistes pour ses liens avec l'Armée républicaine irlandaise (IRA), plusieurs fois emprisonné pendant les "Troubles", il est aussi celui qui a réussi à faire taire les armes de l'organisation paramilitaire catholique, et négocié l'accord de paix du Vendredi Saint.

Aîné de dix enfants, Gerry Adams est né le 6 octobre 1948 dans une famille républicaine de Ballymurphy, au coeur du bastion catholique de l'ouest de Belfast. Son père Gerard, aujourd'hui décédé, appartenait à l'ancienne IRA, et il n'a pas 20 ans lorsqu'il fait de la politique une affaire personnelle.

Son engagement dans les manifestations pour les droits civiques des catholiques lui vaut d'être incarcéré sans jugement en 1972. Mais il est libéré la même année pour participer à des négociations secrètes avec le gouvernement britannique, qui échouent.

Accusé d'appartenance à l'IRA, ce qu'il a toujours démenti, il est à nouveau emprisonné sans procès, entre 1973 et 1977.

Persuadé que le meilleur moyen d'atteindre son but ultime, une Irlande réunifiée et indépendante de la couronne britannique, passe par la politique, il prend la tête du Sinn Fein en 1983, est élu député au Parlement de Westminster.

Mais il refuse d'y siéger, pour ne pas prêter allégeance à la reine.

Gerry Adams, qui a réchappé d'une tentative d'assassinat par un commando loyaliste à Belfast, fait figure de paria pour le gouvernement britannique, qui interdit aux radios et télévisions de diffuser le son de sa voix. Pour contourner l'obstacle, ses interventions sont alors doublées par des acteurs.

A la fin des années 1980, il entame des négociations avec le catholique John Hume, chef de file des nationalistes modérés, avec l'intention d'entamer la marche vers une solution négociée au conflit.

Le cessez-le-feu de 1994 est une conséquence directe de ce dialogue. Mais il faudra attendre juillet 1997 pour que l'IRA fasse taire ses armes de façon permanente.

"Ceux qui participent de la tradition de la violence ont la responsabilité particulière d'y mettre fin", écrit Adams en 1996 dans le premier chapitre de son autobiographie, intitulée "Avant l'aube".

Deux ans plus tard, Gerry Adams aura l'occasion de mettre cet adage en pratique en négociant les accords de paix d'avril 1998 avec Londres, Dublin et les autres partis nord-irlandais.

"Nous oeuvrons pour une paix juste. Personne n'a dit que ce serait facile mais c'est la chose la plus importante que chacun d'entre nous puisse faire à ce moment de notre histoire", souligne Adams dans le deuxième tome de sa biographie, "Espoir et histoire".

Marié et père d'un enfant, Gerry Adams, qui a réussi à faire du Sinn Fein la deuxième force politique en Irlande du Nord, entend étendre l'influence du parti de l'autre côté de la frontière, en République d'Irlande. Aux dernières élections irlandaises, en 2011, il a obtenu 14 sièges au Parlement de Dublin avec près de 10% des voix.

Fin 2013, son frère cadet, Liam, 58 ans, a été condamné à 16 ans de prison pour le viol de sa propre fille, remontant à la fin des années 70 et au début des années 80 alors que celle-ci avait entre quatre et neuf ans. Le procès avait soulevé la question de savoir si Gerry Adams aurait pu dénoncer les agissements dont il avait connaissance plus tôt à la police.