Face à une nouvelle série de violences lors de "l'acte VIII" des "gilets jaunes", l'exécutif doit annoncer lundi soir de nouvelles mesures "d'ordre public", que réclament des syndicats de policiers contre casseurs et manifestants violents.

Le Premier ministre Édouard Philippe fera des "annonces" sur le plateau du journal de 20 heures de TF1 pour durcir le "dispositif d'ordre public", a fait savoir Matignon.

"Face aux violences inacceptables qui se poursuivent sur le territoire, le gouvernement entend afficher une très grande fermeté et faire évoluer son dispositif d’ordre public", a précisé à l'AFP le cabinet du Premier ministre.

"Face à l'ultra violence, il faut de l'ultra sévérité" contre les "voyous", a plaidé le ministre des Comptes Publics Gérald Darmanin, alors que l'exécutif s'apprête à lancer en parallèle un "grand débat national" à partir de la semaine prochaine.

Les images de violences lors ou en marge de manifestations des "gilets jaunes" ont fait le tour du monde depuis le début du mouvement mi-novembre, qu'elles visent des forces de l'ordre prises à partie, des symboles comme l'Arc de Triomphe tagué, des quartiers de Paris vandalisés, ou encore des manifestants blessés partout en France.

Lors de "l'acte VIII" qui a rassemblé quelque 50.000 personnes samedi, 345 personnes ont été interpellées dans toute la France, dont 281 placées en garde à vue.

A Paris, des individus sont parvenus, en défonçant la porte avec un engin de chantier, à pénétrer dans l'enceinte du ministère du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, qui a dû être exfiltré.

Des journalistes ont également été pris à partie, notamment à Rouen. Les journalistes du service reportage de BFMTV ont décidé de ne pas couvrir les actions des "gilets jaunes" ce lundi pour protester contre les agressions subies par plusieurs de leurs collègues.

L'ex-boxeur soupçonné d'avoir agressé deux gendarmes sur une passerelle enjambant la Seine s'est présenté de lui-même à la police lundi matin et a été placé en garde à vue.

Face à cette nouvelle flambée de violences, des syndicats de policiers, dont Alliance, réclament la création d'un fichier de personnes interdites de manifestations. Sur le modèle des interdits de stade, elles devraient pointer au commissariat lors d'évènements sensibles.

Autre mesure demandée par des représentants des forces de l'ordre: le placement sous mandat de dépôt des personnes condamnées à de la prison ferme pour des violences en marge de manifestations, signifiant leur envoi en maison d'arrêt dès leur condamnation.

- "Capitulation morale" -

Samedi soir, le secrétaire d’État à l'Intérieur Laurent Nuñez avait évoqué une "réflexion en cours" au sein du gouvernement sur un possible "durcissement de la législation pénale dans un certain nombre de circonstances", y compris via un nouveau "fichier".

L'idée de ce fichier a été soutenue lundi par le patron de La République en Marche (LREM), Stanislas Guérini.

Après quatre années d'attentats et de vigilance antiterroriste, les forces de l'ordre accusent le coup avec cette nouvelle épreuve de manifestations dures chaque week-end.

Même si le nombre de manifestants est reparti légèrement à la hausse samedi, l'exécutif juge que le mouvement, qui a reçu lundi le soutien du gouvernement populiste italien, se réduit désormais à une minorité radicalisée.

"Quand on attaque des policiers, des gendarmes, des bâtiments publics, que des commerçants voient le fruit de leur travail supprimé, évidemment il faut de la fermeté", a affirmé M. Darmanin.

Le gouvernement s'en est aussi pris à l'opposition, coupable à ses yeux de ne pas - ou du moins pas assez- condamner les violences.

Benjamin Griveaux a dénoncé "une capitulation morale et intellectuelle", visant notamment Jean-Luc Mélenchon qui "a quitté le champ républicain".

"Griveaux veut plus de respect pour la porte d'un ministère que Belloubet n'en a eu pour celle de chez moi. Sa porte est sacrée? La République c'est sa porte?", a répliqué le chef de file de La France insoumise, dans une référence aux perquisitions à son domicile et au siège des Insoumis mi-octobre.

Les Républicains (LR) ont eux condamné les violences mais s'en sont pris aux "provocations" et au "mépris" de l'exécutif, le jugeant dans "l'incapacité de répondre à la crise qui touche la France, et d'assurer la sécurité des Français".